81
solution équitable devrait être trouvée entre ces deux termes, Mais, avant
tout, il faut mettre fin à cette dénationalisation brutale; sauver les minorités
de ce régime sombre, qui par le fer et le feu veut leur imposer une
religion étrangère avec les moyens de la sainte Inquisition. Il faut localiser
la macédonisation qui s'étend comme une tâche d’huile autour
des Balkans,
C’est nous qui réclamons l’exécution des traités, c’est nous qui
sommes les protagonistes de la paix. Non, la paix d’aujourd’hui
n’est pas celle qu’on a voulue à Paris, Ce n’est pas la vraie paix.
Si l’un des Trois qui l’ont inspirée pouvait voir la façon dont elle
est appliquée chez nous, il s’écrierait certainement: Non, je n’ai pas
voulu cela!
Mais puisqu’on nie et conteste les faits que nous avons brièvement
exposés, il ne reste à la S. D. N. qu’à chercher et à trouver où
est la vérité. Les Serbes sur ce point sont catégoriques; officiellement
et officieusement, ils nient avec énergie l’existence d’une minorité bulgare
en Macédoine : autant nier le soleil en plein midi. Il ne reste qu’un
seul moyen d’en sortir. Une délégation de la S. D. N. composée de
neutres, offrant toutes garanties d’impartialité, irait sur les lieux, avec
pleins pouvoirs et rapporterait ce qu’elle aurait vu.
On a entendu le premier français, magicien de la parole, Mr. À.
Briand, s’écrier à Genève: ,Silence aux défenseurs des minorités, la parole
est à la paix nécessaire !“ Comme phrase, c’est très bien; la paix,
oui, c’est magnifique, Mais qui est celui qui la trouble? Y a-t-il une
paix pour les minorités bulgares, traités en esclaves, hors la loi?
De- quelle paix nous parle-t-on? Est-ce celle des traités de Paris? Elle
a été troquée contre notre servitude. On a parlé des , mains propres“ avec
jesquelles les minorités devaient se présenter devant la S. D. N. C’est
juste, en effet. Mais ne pourrions-nous pas demander aussi à nos
juges. des mains propres“ ?
Il faut démolir la légende des tendances séparatistes du mouvement
minoritaire. Le processus des droits nationaux n’a point besoin
de passer par toutes les phases afin d'arriver nécessairement à une
nation sur un territoire. On constate au contraire, la tendance de la majorité
d'aboutir par tous les moyens,. à l’absorbtion des minorités pour
former une nation, une et indivisible. L'exemple des grandes nations : la
France, l’Angleterre, l'Allemagne, l’Italie, n’est plus un principe de notre
époque. Au contraire, forcer une population à changer sa langue, ses
mœurs, par pression politique et administrative, c’est la rendre imperméable
aux influences morales, les seules qui réussissent. Les idées ont
marché et ce qui était possible quand la civilisation faisait ses premiers
pas, ne l’est plus de nos jours. Un Etat qui voudrait absolument marcher
vers une dénationalisation violente, pourrait arriver à l’opposé : témoin
la Turquie et l’Autriche-Hongrie.
Le cadre des anciens principes éclate, les idées nouvelles prennent
leur place et poussent l’humanité vers des horizons nouveaux, Sous
cette poussée, les facteurs — économiques et sociaux — du capitalisme