DE L'ADRIATIQUE AU DANUBE.
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petit poisson; sa joue a les couleurs de l’aurore, et ce n’est pas étonnant,
car deux soleils brûlent et étincellent dans ses yeux. Ses cheveux sont noirs
comme la nuit. — La seconde est gracieuse et belle comme le cygne qui
glisse sur la surface unie d’un lac ; ses yeux reflètent le ciel comme le bluet
épanoui dans les blés. Son visage est blanc comme le lys, et ses lèvres
sont garnies de perles. »
Les hommes de Zakany étaient en petit chapeau aux ailes relevées, garni
de plumes ou de fleurs. Autrefois ils y cousaient encore des rubans. Quelques-
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Paysan hongrois.
uns portaient une culotte de drap collante, brodée aux poches, et qui
s engageait dans les bottes découpées, ornées de glands et munies d éperons.
Les paysans prirent le chemin de F auberge ; les paysannes rentrèrent
chez elles, allant par petits groupes, avec une démarche d’une élégance
naturelle. Leurs jupes d indienne bariolée, aux oppositions de couleurs les
plus téméraires, leurs bas blancs tranchant sur la botte de cuir rouge, ou
mu le soulier noir découpé, semaient de notes gaies cette large route,
déseite un instant auparavant, et F animaient d’un spectacle aux tons tapa
geurs qui émoustillaient le regard.
Pendant que nous étions à Zakany, de nouveaux convois de soldats
étaient arrivés. Nous les trouvâmes campés aux abords de la gare, couchés
dans 1 herbe, buvant la liqueur des braves, le slivovitza, et mangeant des
saucisses qu ils tenaient à la main. Ils entonnaient de temps en temps un
couplet de chanson guerrière.