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LA HONGRIE
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— Ils chantent : ce sont des Hongrois, observa mon compagnon; il n’y
a qu’eux qui aient cette insouciance et cet entrain. A la dignité orientale,
ce peuple unit la gaieté gauloise et le brio italien.
— Et cependant, répondis-je, cette campagne est loin d'être populaire
chez eux. Je lisais ce matin dans un journal de Budapest que des régiments
avaient failli se mutiner, et que les autorités de certains villages refusaient
de faire les réquisitions de chevaux et de chariots ordonnées par le gouvernement.
— C’est parfaitement vrai. Il n’y a qu’un cri en Hongrie contre l’expédition
de Bosnie; mais l’esprit de ce peuple est si militaire que dès qu’il
est en marche, il oublie tout, et il s’en va au feu en chantant.
Quelques mots sur l’armée hongroise ne me semblent pas déplacés ici.
Seules, les troupes de ligne sont soumises à la juridiction du ministre de la
guerre commun à l’Autriche et à la Hongrie. Les honveds, qui composent
la réserve, relèvent directement du ministre hongrois de la défense
nationale; de sorte qu’il y a deux armées distinctes dans le pays. Les honveds
sont commandés en hongrois, tandis que l’armée active est commandée
en allemand 1 . Ils ont aussi un uniforme particulier. Quand,
dans une ville, on bénit un de leurs drapeaux, c’est l’occasion d’une
grande fête religieuse et patriotique. L’évêque célèbre lui-même solennellement
l’office ; les dames du comital se disputent l’honneur d’être les
marraines du drapeau ; des jeunes filles vêtues de blanc apportent des couronnes
et des bouquets; il y a des festins dans les familles, et le soir venu,
on tire le feu d artifice obligé. On sait le rôle que jouèrent les honveds
en 1848 et en 1849, pendant la guerre d’indépendance. Les Impériaux,
souvent battus, toujours harcelés par eux, leur avaient déclaré une guerre
d’extermination, ne leur donnant presque jamais quartier.
Le soldat hongrois, comme le Confinaire de Croatie, a perdu aujourd’hui
son aspect sauvage et farouche. Les fameux hussards 2 3 magyars ne portent
plus de tresses, et n’ont conservé de leur ancien costume que le colback et
le dolman.
Avant la loi sur le service obligatoire, l’enrôlement était, en Hongrie, un
1 L’Autriche-Hongrie entretient sur le pied de paix une armée de 250,000 hommes, tandis que
l’effectif de la Russie est de 700,000, celui de la France de 470,000, et celui de l’Allemagne de
450,000 hommes.
3 Ce nom de huszar vient de husz, vingt, et ar, prix, — c’est-à-dire prix de vingt, qui vaut
vingt. L’équipement d’un cavalier coûtait jadis autant que l’équipement de vingt hommes à pied;
et comme le magnat hongrois devait amener sous la bannière royale, en cas de guerre, vingt fantassins
pour un cavalier, on désigna celui-ci sous le nom de huszar.