DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
159
acte tout spontané et volontaire. Il est si facile d éveiller les instincts belli
queux de ce peuple essentiellement guerrier et chevaleresque ! Le recrute
ment s’opérait dans les chefs-lieux des comitats, les jours de fête ou les
jours de foire. Des hussards, précédés de musiciens tziganes affublés pour
la circonstance de costumes voyants, de gilets et de bonnets écarlate,
s’avançaient au pas au milieu de la foule, en lui adressant des allocutions
patriotiques. A chaque halte, les Tziganes jouaient des airs nationaux ou
des airs de danse; et les spectateurs chantaient en chœur et dansaient
b enivrante csardas. Les hussards mettaient pied à terre, se mêlaient aux
danseurs, entre-choquant leurs éperons en cadence au milieu des applau
dissements de la foule. Leur hère et joviale allure, battrait de leur costume
chamarré d’or et d’argent, leurs beaux plumets : tout cela exerçait une
irrésistible fascination sur les jeunes gens, qui, à un moment donné et tout
en dansant, saisissaient le sabre, s’emparaient du shako d’un des hussards,
et se faisaient soldats.
Chez ce peuple, dont b organisation a été presque républicaine dès b ori
gine , les levées en masse furent de rares exceptions. Les Jazyges, les Cou-
mans et les Belduques, qui pénétrèrent en Hongrie beaucoup plus tard que
les Magyars, et qui étaient les restes d anciennes tribus huniqucs, jouissaient
du privilège de se gouverner librement sous les ordres de leurs capitaines
électifs, à la condition de marcher les premiers au secours de l’État en cas
de guerre. Les villages habités par ces cultivateurs étaient encore de petites
républiques avant la révolution de 1848. Au moyen âge, les magnats for
maient l’armée du roi, et la noblesse b armée nationale. Ceux qui possé
daient des terres étaient seuls appelés à défendre le pays. Les guerriers qui
avaient aidé les premiers rois dans leurs conquêtes avaient reçu en dona
tion des terres, en échange desquelles ils devaient le service militaire. En
cas d extinction de descendants mâles , le sol retournait à la couronne, pro
priétaire du sol tout entier. L’armée ne fut organisée systématiquement que
sous les rois Sigismond et Mathias. Chaque comitat fut tenu de fournir un
contingent de cavaliers proportionné au nombre de ses habitants. Les pré
lats et les magnats eurent aussi à leur charge 1 entretien et 1 équipement de
bandes organisées sur le modèle des banderies italiennes. Enfin l’État prit
â sa solde la fameuse Légion Noire, qui lui coûta plus d’un million de
ducats par an. Le roi Mathias aimait tant ces valeureux cavaliers, dont
1 aimée sur le champ de bataille suffisait pour mettre en fuite l’ennemi,
qu il se plaisait â venir s’entretenir familièrement avec eux, â partager leur
pas, et â panser lui-même leurs blessures.
Le courage poussé jusqu’à 1 héroïsme n est pas seulement, dans la patrie