CHAP. XVI. — DES IMPOTS SUK LES SALAIRES. 21î>
l’Angleterre, pourrait, s’il était levé en Chine à la sortie de cette
plante, servir à défrayer les dépenses du gouvernement chinois.
Les impôts sur des objets de luxe ont quelque avantage sur ceux
qui frappent des objets de nécessité. Ils sont en général payés aux
dépens des revenus, et ne diminuent point par conséquent le capital
productif du pays. Si le vin renchérissait beaucoup par suite d’un
impôt, il est vraisemblable qu’on renoncerait plutôt au plaisir d’en
boire, qu’on ne serait disposé à faire une brèche un peu importante
à son ca])ital pour avoir le moyen d’acheter du vin. Des impôts de
ce genre sont tellement identifiés avec le prix, que le contribuable
s’aperçoit à peine qu’il paie un impôt. Mais ils ont aussi leurs incon
vénients. D’abord, ils n’atteignent jamais le capital; et il y a des cir
constances extraordinaires où il peut être nécessaire que le capital
môme contribue aux besoins de l’État; en second lieu, il n’y a point
de certitude quant au produit de ces impôts ; car ils peuvent même ne
pas atteindre le revenu. Une personne décidée à économiser, se sous
traira à un impôt sur le vin, en renonçant à en boire. Le revenu du
pays peut ne pas souffrir de diminution, et cependant l’impôt peut ne
pas fournir un seul shilling à l’État.
I out objet que l’habitude aura rendu une source de jouissances,
ne sera abandonné qu’à regret, et l’on continuera à en faire usage,
quoiqu il soit frappé d’un fort impôt; mais cela a des bornes, et l’ex
périence journalière démontre que l’augmentation de la valeur no
minale des impôts, en diminue souvent le produit. Tel homme conti
nuerait a boire la même quantité de vin, quoique le prix de chaque
bouteille eût monte de trois shillings, qui renoncerait à en boire
plutôt que de le payer quatre shillings plus cher. Tel autre consentira
à le payer 4 s., qui ne voudra pas en donner 5 s. On peut en dire
autant de tout autre impôt sur les objets de luxe. Tel individu pour
rait consentir à payer 5 1. pour avoir la jouissance que procure un
cheval, qui ne voudrait pas payer 10 1. ou 20 1. pour cela. Ce n’est
pas parce qu’on ne peut pas payer davantage qu’on renonce à l’usage
du vin et des chevaux, ce n’est que parce qu’oii ne le veut pas. Cha
cun a une certaine mesure d’après laquelle il apprécie la valeur de
jouissances; mais cette mesure est aussi variable que l’est le ca
ractère des hommes. Un pays dont les finances sont dans une situa
ron tout artificielle , par le système funeste d’accumuler une grande
nationale, et, par suite, de se créer des budgets énormes, est
P Us particulièrement exposé à l’inconvénient inséparable de ce
d impôt. Après avoir frappé de contributions tout le cercle de