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cales leur donnera, dit-on, une puissance qui pourra devenir
dangereuse pour l'autorité de l’Etat, au point d’arriver à le
renverser.
Il nous semble, par contre, que les dangers d’un système
dans lequel les syndicats sont simplement tolérés sans avoir
une discipline légale particulière sont plus grands pour
l’autorité et la force de l’Etat que les dangers d’un système
dans lequel ils seraient soumis, comme l’implique la nouvelle
loi, au contrôle rigoureux de l’Etat. Le syndicalisme, dans la
vie économique moderne, est un phénomène qui ne peut
pas être supprimé. L'expérience des pays où l’industrie a pris
le plus grand développement a montré qu’il ne convient pas
à l'Etat d’ignorer l’existence des organisations syndicales
et que, tôt ou tard, il est nécessaire de les reconnaître et de
discipliner leur fonctionnement si l’on veut éviter de graves
surprises et des perturbations préjudiciables à la paix sociale.
D'autre part, le système du projet de loi diffère essen-
tiellement des systèmes du syndicalisme doctrinaire en ce
qu’il est organique tandis que le syndicalisme doctrinaire est
anarchique; il en diffère encore en ce que, grâce à un contrôle
sévère qui arrive jusqu’au droit de dissolution des associations
syndicales, il assure valablement la prépondérance du pouvoir
politique de l’Etat, en donnant ainsi une solution rassurante
au problème de la coordination entre l’Etat et les syndicats.
I] ne s’agit pas, dans le système prévu par la nouvelle
loi, d’un Etat de syndicats mais bien d’un Etat au-dessus des
syndicats, qui doit et pourra certainement être plus fort que
toute formation syndicale. D'autre part, le projet de loi, en
considérant les syndicats comme des organismes essentielle-
ment économiques, ne résout ni ne compromet dès maintenant
un autre problème des plus graves qui pourra faire l’objet de
propositions législatives distinetes et à la solution duquel il
faudra certainement arriver avec la plus grande prudence:
nous voulons dire le problème de l’introduction des syndicats
dans l’organisation politique de l’Etat.
I semble donc résulter des considérations ci-dessus,
que les préoceupations provoquées par le projet de loi chez
certaines personnes qui craignent l’affaiblissement de l’autorité
de l’Etat n’ont aucun fondement.
Passons à une autre objection de caractère politique et
même sociologique. Elle consiste à affirmer que s’il existe
un phénomène humain qui ne peut être ni détruit ni éliminé,