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c’est la lutte des classes; il serait donc vain de vouloir la remplacer
par un régime de droit et de juridiction. En conséquence,
dit-on, les classes intéressées ne pourront pas être contraintes
à respecter un pareil régime et les sanctions édictées pour sa
sauvegarde s’avéreront inefficaces pour le plus grand dommage
de l’autorité de l’Etat.
Selon cette thèse le lock-out et la grève ne peuvent pas
être interdits.
Il y à dans la vie, a dit à ce sujet un député, des conflits
qui ne peuvent pas être résolus par des intermédiaires. Quand
le choc de deux nécessités se produit, toute transaction est
impossible. Le plus fort doit tuer le plus faible, et la grève
est précisément une preuve de force.
Selon notre manière de voir, ce raisonnement pèche par
excès en ce qu’il transporte dans le domaine social, d’une
seule pièce et sans aucune discrimination, les doctrines darwinistes
de la lutte pour la vie qui relèvent de la biologie. L’homme
vit en société; c’est pour cela seulement qu’il renonce à l’usage
systématique de la force et à la méthode exclusive de la lutte
qui, dans la vie sociale se complète et se combine avec la
méthode de l’accord et de la discussion. Il en résulte que la
lutte des classes et la collaboration des classes sont deux
aspects également réels de la vie sociale, deux termes qui ne
s’excluent pas réciproquement mais au contraire se complètent
mutuellement.
Nous pouvons admettre que, dans le domaine économique,
pareillement à ce qui se produit dans les rapports internationaux,
il puisse y avoir des moments de crise aigüe au cours
desquels les forces élémentaires se déchaînent, rompent toutes
les digues et abattent toutes les institutions. Mais, de même
que dans les rapports entre les peuples les institutions de solidarité
et de conciliation internationale ne sont pas inutiles
bien que l’on ne puisse pas espérer supprimer définit/vement
la guerre, ainsi dans le domaine économique, si des organisations
destinées à trancher les différends sont constituées, les crises
aigües ne peuvent plus représenter la règle mais bien l’exception
et, espérons-le, une très rare exception.
L'histoire nous apprend précisément qu’avec le perfectionnement
des institutions et avec le progrès de la civilisation
la solution juridique des différends prend’ de plus en plus
la place de la solution par la force. Dans les sociétés primitives,
tous sont en guerre contre tous ; puis peu à peu, l’Etat