fullscreen: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

284 EN EUROPE. — ARMÉNIE. — CRÈTE. — MACÉDOINE. 
sait que depuis 1905 l’empereur d’Allemagne, qui s’affir 
mait parfois le protecteur de l’Islam, disputait à la France 
la domination du Maroc; l’affaire d’Agadir en 1911 fut le 
dernier effort de cette querelle que nous ne pouvons pas 
suivre ici dans ses détails : le 4 novembre, moyennant une 
part du Congo français, l’Allemagne laissa le Maroc à la 
France, qui y organisa son protectorat, achevant avec ce 
grand pays la constitution de ce vaste empire africain qui 
fait d’elle l’une des premières puissances musulmanes du 
monde. 
Sa situation dans la Méditerranée et son prestige s’en 
trouvaient considérablement fortifiés. L’Italie voulut assu 
rer l’équilibre méditerranéen par un succès semblable, et 
la question de Tripolitaine balança harmonieusement la 
question du Maroc. En octobre 1911, sous le prétexte peut- 
être sérieux que le nouveau gouvernement turc mettait des 
entraves aux entreprises économiques de l’Italie en Tripo 
litaine, un corps de débarquement y fut envoyé, et prit 
possession des principales villes de la côte. Tripoli, Ben- 
ghasi, Derna. Les Turcs et les tribus arabes de l’intérieur 
se défendirent vaillamment, et la lutte fut difficile pen 
dant un an ; les Italiens durent y envoyer jusqu’à 100000 
hommes. 
Mais la pauvre Turquie dut faire face ailleurs à des dan 
gers plus graves, et, en octobre 1912, elle accepta le traité 
de Lausanne, renonçant à la Tripolitaine ; l’Italie, qui avait 
occupé les principales îles de la côte d’Asie Mineure, ce 
que l’on appelle le Dodécanèse, les garda en garantie jus 
qu’à la complète pacification de la Tripolitaine : ce qui peut 
demander quelque temps, et autoriser la prolongation de 
ce provisoire profitable : — une complication de plus au 
problème oriental qui pourtant n’en manque pas. 
Les embarras de la Turquie ne pouvaient que décider 
ses plus proches voisins à l’action. Bulgares, Serbes, Mon 
ténégrins, Grecs, s’y préparaient dans le plus grand secret 
et avec une extrême ardeur, qui fut révélée par les événe 
ments postérieurs. Ils s’armaient formidablement, achetant 
des canons, des fusils, utilisant les services de missions 
militaires étrangères, comme la mission française du géné 
ral Eydoux en Grèce. Dans le même secret, qui ne fut divul 
gué que quelques mois après, ils signèrent le 13 mars 1912,
	        
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