Object: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

246 EN EUROPE. — ARMÉNIE. - CRÈTE. — MACÉDOINE. 
les impôts, de l’invention de dîmes nouvelles, de l’épuise 
ment de toutes les terres de l’empire, de la misère et de la 
faim de ses habitants. Parfois les valis recevaient du palais 
’ordre de lever de nouvelles taxes sur leurs administrés : 
es impôts déjà avaient été perçus ; quand même, il fallait 
payer encore : si l’on ne voulait ou si l’on ne pouvait, les 
Hamidiés passaient, massacraient et pillaient. 
L’Europe, occupée d’autre chose, ne vit longtemps, sous 
le nom d’Abd-ul-Hamid, qu’un gouvernement faible, capri 
cieux, inconsistant, paresseux aux réformes promises, mais 
si plein d’égards pour ses conseils qu’elle se serait fait scru 
pule de manifester de trop brutales exigences : elle en res 
pectait la fragilité. Elle ne perçut — et encore n’en 
convint-elle pas aussitôt, —la révolution opérée à Constan 
tinople qu’à la lueur des événements d’Arménie. 
II. — Les massacres d’Arménie (1894-1896). 
L’Arménie est le pays que domine l’Ararat. Elle est 
aujourd’hui partagée entre trois empires : la Perse, la Russie 
et la Turquie. Les Arméniens sont restés chrétiens au milieu 
des musulmans ; mais, dans aucun vilayet de l’empire otto 
man, ils ne forment la majorité de la population ; ils vivent 
parmi des tribus Kurdes qui, converties à l’Islam, en ont 
pris le droit de persécuter lesraïas, de leur faire payer dîmes 
et impositions de toute nature, de les piller même, avec la 
connivence des autorités turques. Les Arméniens sont sur 
tout nombreux au nord et au sud du lac de Van, dans le 
Sassoun, c’est-à-dire entre le Tigre et l’Euphrate supérieur, 
autour des villes d’Erzeroum, Mouch, Bitlis, Diarbékir, et 
enfin, au fond du golfe d’Alexandrette, dans le Zeïtoun, 
autour de Marach. D’autres communautés, plus isolées, sont 
établies dans les principales villes de l’Asie mineure, notam 
ment le long des côtes de la mer Noire, de Trébizonde à 
Constantinople. 
L’Arménie avait été longtemps le champ de bataille des 
Turcs et des Persans, puis des Turcs et des Russes. Résignée 
pendant des siècles au joug ottoman, elle le supporta moins 
patiemment quand les Russes furent devenus les maîtres du 
pays de Tiflis et d’Érivan, quand ils eurent occupé Etch- 
miadzin, la résidence du patriarche arménien. Les Russes 
ont eu en Orient, comme les Français en Occident, le privi 
lège d’éveiller la conscience des nationalités. La nationalité
	        
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