Full text: Oeuvres complètes

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PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
pide de capital. Dans les pays riches, où toutes les terres fertiles ont 
été déjà mises en culture, le dernier remède n’est ni très praticable ni 
très-désirable, car le résultat serait, au bout de quelque temps, de ré 
duire toutes les classes de la société à la même indigence. Mais dans 
ces contrées pauvres, où existent d’immenses moyens de production, 
enfouis dans des terres fertiles et incultes, l’augmentation du capital 
est le seul moyen eflicace et sûr de combattre le mal, car il en résul 
tera dans la situation de toutes les classes de la société une améliora 
tion sensible. 
Tous les amis de 1 humanité doivent désirer que les classes laborieu 
ses eberebent partout le bien-être, les jouissances légitimes, et soient 
poussées, par tous les moyens légaux, à les acquérir. On ne saurait 
opposer un meilleur Irein à une population exubérante. Dans les pays 
où les classes pauvres ont le moins de besoins, et se contentent de la 
plus chétive subsistance, les populations sont soumises aux misères 
et aux vicissitudes les plus terribles. Elles n’ont aucun abri contre les 
calamités sociales : elles ne sauraient chercher un refuge dans une si 
tuation plus humble ; elles sont deja si abaissées, si malheureu 
ses, qu il ne leur reste meme plus la triste faculté de descendre encore. 
Elles ne peuvent remplacer que par de rares succédanés leurs aliments 
ordinaires et principaux, et la disette entraîne pour elles presque tous 
les maux attachés à la famine '. 
' Ces tristes paroles semblent une prophétie. On dirait que Ricardo sentait 
déjà frémir ces bandes affamées d’Irlandais qui cherchent aujourd’hui, les ar 
mes à la main, le désespoir au cœur, une nourriture que les saisons leur ont 
refusée. C’est qu’il s’est fait dans la malheureuse Erin un partage étonnant des 
joies et des douleurs, de la disette et de l’abondance : à ceux qui creusent le sol, 
le fertilisent, l’inondent de sueur, ont été dévolues les tortures de la misère; à 
ceux qui épuisent la terre avec leurs meutes de chasse, et boivent des moissons 
entières dans leur coupe de Tokay ou de Johannisberg, ont été répartis les reve 
nus, et partant l’éclat, et partant la puissance. La richesse y ressemble donc à un 
beau fleuve qui aurait sa source en Irlande, et son embouchure en Angleterre : 
on sème à Dublin, et on récolte à Londres; de telle sorte qu’il ne s’y amasse 
pas de grands capitaux, et que l’industrie n’y peut naître pour donner du travail, 
des salaires à des millions de bras qui se disputent le sol. On peut même dire que, 
grâce à l’avidité des middlemen,—ce crible vivant où se dépose une grande portion 
des ressources du pays, en passant de l’humble cultivateur à l’opulent seigneur, 
— grâce, encore, à la concurrence acharnée que se font les fermiers, et au mor 
cellement infini des domaines, l’agriculture est plutôt une lutte de paysan à pay 
san qu’un travail régulier et social. Au haut de l’échelle se trouve le propriétaire 
qui hérite des bénéfices de cette folle enchère; au bas, le cottager sw qui elle pèse
	        
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