Full text : Oeuvres complètes

74  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
des  ouvriers  continuera  à  s’aceroîlrc  dans  une  progression  un  peu  plus
rapide  que  celle  de  la  demande.  Si,  par  exemple,  les  salaires  étaient
réglés  sur  un  aecroisseraent  annuel  de  capital,  représenté  par  2  pour
cent,  ils  tomberaient  lorsque  le  capital  n’augmenterait  plus  qu’à  raison ­
  de  1  et  demi  pour  cent.  Ils  baisseraient  encore  davantage  quand
cet  accroissement  ne  serait  plus  quede  1  ou  de  demi  pour  cent;  et  cette
baisse  continuerait  jusqu’à  ce  que  le  capital  devînt  stationnaire,  l^es
salaires  le  deviendraient  aussi,  et  ils  ne  seraient  que  suflisants  pour
maintenir  la  population  existante.  Je  soutiens  que,  dans  de  pareilles
cireonstanees,  les  salaires  doivent  baisser,  par  le  seul  effet  de  l’offre
et  la  demande  des  bras  ;  mais  il  ne  faut  pas  oublier  que  le  prix  des
salaires  tient  aussi  à  celui  des  denrées  que  l’ouvTicr  a  besoin  d  acheter. ­

A  mesure  que  la  population  augmente,  ces  denrées  iront  toujours
en  augmentant  de  prix,  —plus  de  travail  devenant  nécessaire  à  leur
production.  Si  les  salaires,  payés  en  argent  à  l’ouvrier,  viennent  à  baisser ­
  pendant  que  toutes  les  denrées  à  l’achat  desquelles  il  dépensait  le
produit  de  son  travail  haussent  de  prix,  il  se  trouvera  doublement
atteint,  et  il  n’aura  bientôt  plus  de  quoi  subsister.  C’est  pourquoi,  au
lieu  de  baisser,  les  salaires  en  argent  hausseraient,  au  contraire,  mais
pas  suffisamment  pour  permettre  à  l’ouvrier  d’acheter  autant  de  choses ­
  nécessaires  ou  utiles  qu’il  pouvait  le  faire  avant  le  renchérissement ­
  de  ces  denrées.  Si  ses  salaires  étaient  annuellement  de  24  liv.  st.,
ou  de  six  quarters  de  blé  quand  le  blé  valait  4  livres  le  quarter,
il  ne,  recevrait  probablement  plus  que  la  valeur  de  cinq  quarters,
lorsque  le  blé  serait  à  5  livres.  Mais  ces  cinq  quarters  coûteraient
25  liv.  ;  il  recevrait  donc  des  gages  plus  forts  en  valeur,  et  cependant ­
  il  ne  pourrait  plus  acheter  une  quantité  de  blé  et  d  autres  denrées ­
  égale  à  celle  qu’il  était  dans  l’habitude  de  consommer  auparavant, ­
  lui  et  sa  famille  '.

l’enserre  de  toutes  parts,  l’étouffe.  11  le  sait,  et  voyant  que  la  sueur  ne  suffit  plus
à  féconder,  pour  lui,  sa  patrie,  il  veut  essayer  du  sang,  et  le  sang  coule.  A.  V.
'  Il  est  impossible  de  ne  pas  protester  hautement  contre  des  conclusions  presque ­
  fatidiques  et  qui  emporteraient  condamnation  de  tout  notre  système  économique. ­
  Il  a  fallu  même  bien  du  calme  à  Ricardo  pour  n’avoir  pas  été  saisi  de
vertige,  n’avoir  pas  senti  trembler  sa  main  au  spectacle  du  sort  que  l’avenir  réserve, ­
  selon  lui,  aux  travailleurs.  A  ses  yeux,  les  classes  ouvrières  marchent
fatalement  vers  un  abîme  que  la  civilisation  couvre  habilement  de  fleurs,  mais
au  fond  duquel  est  la  mort  :  à  nos  yeux,  au  contraire,  elles  s’élèvent  à  des  destinées ­
  meilleures  et  se  font  chaque  jour  une  place  plus  large  dans  le  pouvoir  et  le
            
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