Full text : Oeuvres complètes

76  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
du  manufacturier;  car  il  ne  pourrait  pas  vendre  sa  marchandise  plus
cher,  quoique  les  frais  de  production  fussent  augmentés.  Nous  reter, ­

  comme  Tout  fait  les  socialistes  et  les  pessimistes  de  toutes  les  sectes,  la  liberté ­
  sur  la  joue  de  l’économie  politique.
Et  d’ailleurs  la  théorie,  la  logique  démontrent  tout  cela  bien  avant  les  faits.
Quel  est  ici-bas  le  capital  du  prolétaire?  le  travail.  Quel  principe  règle  la  valeur ­
  du  travail,  en  fixe  la  rémunération  ?  l’offre  et  la  demande  des  bras  Entre
quelles  limites  extrêmes  oscille  cette  rémunération  ?  entre  le  point  où  les  salaires ­
  prélèveraient  sur  les  profits  une  part  trop  large  et  qui  mettrait  le  chef  d’industrie ­
  dans  l’impossibilité  de  continuer  son  œuvre,  —  danger  peu  redoutable,
avouons-le  :  —  et,  d’un  autre  côté,  le  point  où  les  salaires  deviendraient  insuffisants ­
  pour  nourrir  l’ouvrier.  Le  problème  consiste  donc  à  accroître  constamment ­
  la  somme  de  travail  à  répartir,  afin  d’élever  la  valeur  de  ce  travail,  et  par
conséquent  de  grossir  le  revenu  du  pauvre  :  il  consiste  encore  à  élargir  la  zone
où  il  puise  sa  consommation,  les  marchés  où  se  rendent  les  céréales,  les
bestiaux,  les  étoffes,  afin  de  le  faire  participer  au  bénéfice  delà  concurrence  la
plus  complète,  la  plus  absolue.  Laissez  circuler  le  travail,  laissez  circuler  les  produits, ­
  toute  la  question  est  là,  et,  avec  elle,  le  bonheur  des  classes  laborieuses.
Pour  affaiblir  entre  les  mains  des  propriétaires  ce  monopole  formidable  que
couvre  d’une  sanction  nécessaire,  -—  sinon  sacro-sainte,  comme  on  l’a  bien  voulu
dire,  —  le  pacte  social,  il  suffit  de  mettre  à  la  disposition  de  tous  ,  la  terre  qui
appartient  à  tous,  et  de  laisser  se  développer  librement  cette  grande  loi  économique ­
  qui  divise  le  travail  parmi  les  nations,  et  fait  cultiver  par  l’Indien  ou  l’Américain ­
  le  sucre  qui  doit  s’échanger  contre  les  produits  de  l’Européen.  L’espèce
humaine  a  besoin  d’un  espace  illimité  pour  entretenir  ses  membres  toujours
plus  nombreux  :  c’est  un  flot  qui  grandit  sans  cesse,  et  à  qui  il  faut  les  plages  les
plus  vastes,  sous  peine  de  désordres,  de  calamités.  Les  quelques  esprits  égarés  qui,
par  conviction,  veulent  le  maintien  de  nos  restrictions  commerciales,  c’est-à-dire
l’appauvrissement  de  l’ouvrier  par  l’action  combinée  d’un  travail  moins  actif  et  de
subsistances  moins  abondantes  ;  les  esprits  égarés,  dis-je,  qui  n’ont  pas  compris
la  fécondité  des  principes  de  liberté  commerciale,  et  ceux  qui,  au  contraire,  plus
nombreux,  plus  audacieux,  ne  veulent  pas  de  ces  principes,  parce  qu’ils  en  compreiment
  trop  bien  la  grandeur,  ne  sauraient  nier  cependant  qu’il  faut  à  l’expansion ­
  naturelle  des  générations  une  sphère  immense,  où  se  nivelleront  les  besoins,
les  intérêts,  les  capitaux.  L’univers  est  une  immense  ruche  où  les  travailleurs
doivent  circuler  librement  de  cellule  en  cellule.  Tandis  que  sur  les  districts
manufacturiers,  agités  par  la  fièvre  de  la  production  et  par  les  crises  financières, ­
  s’agglomèrent  aujourd’hui  des  légions  d’ouvriers  qui  les  surchargent  et
les  épuisent,  d’énormes  superficies  de  terrain  restent  incultes  et  désertes,  attendant ­
  les  capitaux  et  le  travail  pour  épancher  des  monceaux  de  produits  Croit-on,
par  exemple,  que  si  nos  lois  et  les  lois  anglaises  sur  les  céréales  eussent  été
abolies,  tout  le  territoire  de  la  Pologne,  de  la  Hongrie,  de  l’Ukraine,  de  l’Egypte, ­
  de  l’Amérique,  ne  se  fût  pas  couvert,  comme  par  enchantement,  de  moissons ­
  qui,  déversées  sur  l’Europe,  eussent  à  la  fois  abaissé  le  prix  des  aliments,
excité  le  travail  de  nos  manufactures,  la  valeur  du  travail,  et  réfuté  par  l’éclat
            
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