Full text : Oeuvres complètes

CHAP.  V.  -  DES  SALAIRES.  77
viendrons  là-dessus  lorsque  nous  examinerons  les  principes  qui  règlent ­
  les  profits.
Il  paraîtrait  donc  que  la  cause  qui  fait  hausser  les  rentes  est  aussi
celle  qui  fait  hausser  les  salaires,  l’une  et  l’autre  tenant  à  la  difficulté
croissante  d’obtenir  une  plus  grande  quantité  de  subsistances  moyennant ­
  la  même  quantité  proportionnelle  de  travail.  Par  conséquent  si
l’argent  avait  une  valeur  invariable,  les  rentes  ainsi  que  les  salaires
tendraient  toujours  à  la  hausse  dans  un  état  d’accroissement  progressif ­
  de  la  richesse  et  de  la  population.
Mais  entre  la  hausse  de  la  rente  et  celle  des  salaires  il  y  a  une  différence ­
  essentielle.  La  hausse  des  rentes  estimées  en  argent  est  accompagnée ­
  d’une  part  plus  considérable  des  produits.  Non-seulement ­
  le  propriétaire  foncier  reçoit  plus  d’argent  de  son  fermier,  mais
il  en  reçoit  aussi  plus  de  blé  ;  il  aura  plus  de  blé,  et  chaque  mesure  de
cette  denrée  s’échangera  contre  une  plus  grande  quantité  de  toutes  les
autres  marchandises  qui  n’ont  pas  haussé  de  valeur.  Le  sort  de  l’ouvrier ­
  sera  moins  heureux;  il  recevra,  à  la  vérité,  plus  d’argent  pour
son  salaire,  mais  ces  salaires  vaudront  moins  de  blé;  et  non-seulement
il  en  aura  moins  à  sa  disposition,  mais  sa  condition  empirera  sous  tous

des  résultats  la  décourageante  hypothèse  de  Ricardo  ?  A  quoi  servirait  donc  de
découvrir  des  Amériques  et  des  Océanies,  si  ce  n’était  pour  y  aller  chercher  les
ressources  qui  nous  manquent,  la  place  que  demandent  nos  cités  encombrées  ?
Avec  le  système  de  l’affranchissement  commercial,  les  civilisations  sont  constamment ­
  jeunes,  constamment  vigoureuses.  I.orsqu’uu  sol  a  été  épuisé,  on  va  chercher
ailleurs  une  sève  nouvelle,  et  la  société  se  trouve  ainsi  constamment  maintenue
dans  cette  période  active,  où  la  somme  de  travail  dépasse  la  somme  de  bras
et  se  joint  au  bas  prix  des  subsistances  pour  améliorer  le  sort  de  l’ouvrier.  Plus
un  arbre  est  élevé,  plus  il  faut  à  ses  racines  de  l’espace  pour  se  nourrir  :  il  en  est
de  même  des  nations,  et  s’il  est  encore  ici-bas  tant  de  souffrances  et  tant  de  crises
il  faut  encore  en  chercher  la  cause  aussi  bien  dans  l’isolement  absurde  des  centres
de  production,  que  dans  les  vestiges  d’aristocratie  ou  de  privilèges  politiques  qui
déshonorent  les  constitutions  européennes  Sans  doute  la  question  de  population,
l’excès  des  travailleurs  se  dresseront  toujours  à  nos  yeux  comme  une  menace  lointaine ­
  :  mais  que  de  mines  fécondes  encore  à  exploiter,  que  de  plaines  à  fertiliser,
de  fleuves  à  traverser,  de  richesses  à  puiser  de  toutes  parts  !  Nous  ne  sommes
qu’au  début  de  la  production,  de  l’industrie,  de  l’agriculture,  et,  sans  prendre  la
liberté  du  commerce  pour  une  panacée  infaillible,  il  est  permis  de  dire  que  tout
irait  mieux,  du  jour  où  on  laisserait  la  concurrence  des  capitalistes  et  des  propriétaires ­
  s’organiser  en  présente  de  celle  des  ouvriers.  Ricardo  a  raisonné  dans
i  hypothèse  d’un  déplorable  statu  quo  :  nous  raisonnons  dans  l’hypothèse  d’un
®hranchissement  qui  déjà  commence.  Il  a  désespéré,  et  tout  nous  conduit  au
contraire  à  espérer  dans  l’avenir.  A.  F,
            
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