Full text : Oeuvres complètes

-138  PRINCIPES  DE  I/ÉCONOMIE  POLITIQUE.
L’effet  d’un  impôt  sur  les  produits  naturels  serait  probablement
de  faire  hausser  de  prix  toutes  les  marchandises  dans  la  composition
desquelles  ces  matières  entrent,  mais  dans  une  proportion  bien  moindre ­
  que  la  valeur  de  l’impôt;  tandis  que  les  autres  marchandises
dont  les  produits  immédiats  de  l’agriculture  ne  font  point  partie,
tels  que  les  objets  fabriqués  avec  des  métaux  ou  avec  des  minéraux,
baisseraient  de  prix,  et  par  ce  moyen  la  même  quantité  de  monnaie
suffirait  aux  besoins  de  la  circulation.
Un  impôt  qui  ferait  hausser  le  prix  de  tous  les  produits  nationaux,
ne  découragerait  l’exportation  que  pendant  un  espace  de  temps  assez
court.  Si,  par  l’effet  de  cet  impôt,  ils  renchérissaient  dans  le  pays,  on
ne  pourrait  à  la  vérité  les  exporter  dans  le  moment  même  avec  profits, ­
  parce  que  les  produits  nationaux  se  trouveraient  grevés  d’un
impôt  dont  ils  seraient  exempts  dans  l’étranger.  Cet  impôt  aurait  le
même  effet  qu’une  altération  dans  la  valeur  des  monnaies  qui  ne  serait ­
  point  commune  à  tous  les  pays,  mais  bornée  à  un  seul.  Si  1  Angleterre ­
  était  ce  pays,  elle  pourrait  être  dans  l’impossibilité  de  vendre, ­
  mais  elle  pourrait  toujours  acheter,  parce  que  les  objets  d’importation ­
  n’auraient  point  haussé  de  prix.  Dans  le  cas  supposé,  on
ne  pourrait  exporter  en  échange  des  marchandises  étrangères,  que
du  numéraire  ;  mais  un  tel  commerce  ne  saurait  durer  longtemps  :
on  ne  peut  épuiser  le  numéraire  d’un  pays;  car,  après  qu’une  certaine ­
  quantité  en  est  sortie,  celle  qui  reste  hausse  de  valeur,  et  il
s’ensuit  une  telle  baisse  dans  le  prix  des  denrées,  qu’elles  peuvent  de
nouveau  être  exportées  avec  profit.  Aussitôt  que  le  numéraire  aura
haussé  de  prix,  on  aura  cessé  de  l’exporter  en  échange  pour  des  marchandises ­
  du  dehors,  et  on  exportera  au  contraire  les  mêmes  marchandises ­
  qui  avaient  d’ahord  haussé  de  prix,  par  la  hausse  dis
produits  immédiats  de  l’agriculture  qui  entraient  dans  leur  composition, ­
  et  que  l’exportation  du  numéraire  avait  ensuite  fait  baisser  de
nouveau.
Mais  l’on  pourrait  objecter  que  le  numéraire  augmentant  ainsi  (  e
valeur,  augmenterait  également  par  rapport  aux  marchandises  nationales ­
  et  étrangères,  et  que  par  conséquent  il  n  y  aurait  plus  rien

il  n’est  pas  nécessaire  que  le  numéraire  augmente  en  quantité  pour  qu’une  den  -
rée  se  vende  plus  cher.
11V  a  une  cherté  propre,  une  cherté  réelle  indépendamment  de  la  valeur  rela  •
tive  des  choses,  et  cette  cherté  propre  est  en  raison  des  frais  de  production-(
  Voyez  le  Traité  iVÉconomie  politique,  liv.  II,  chap.  4.  )  -  J.-B.  Say.
            
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