Full text : Oeuvres complètes

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CHAP  XU.  -  DE  i;iMP()T  FONCIER,
du  blé  en  proportion  de  l'impôt  payé  par  le  cultivateur  de  la  terre
de  la  plus  mauvaise  qualité.  Des  terres  de  qualité  différente,  sur  lesplus
  encore  que  les  réformateurs  politiques,  ôté  la  couronne  aux  hommes  de  la
féodalité  pour  la  donner  aux  hommes  de  la  paix  et  de  la  production  ;  c’est  que
Ad.  Smith,  Turgot,  Sismondi,  en  quelques  lignes,  ont  donné  la  force  d’axiomes
à  ces  notions  d’égalité  qui  n’existaient  dans  les  âmes  qu’à  l’état  de  sentiment.
Pour  eux,  en  effet,  la  classe  taillable  et  corvéable  est,  avant  tout,  surtout,  la
classe  oisive,  rentée,  aristocratique,  et  ils  se  sont  parfaitemeut  entendus  dans
l’émission  de  cette  vérité  bien  simple  :  —  le  seigneur,  le  financier,  le  bourgeois,
gentilhomme  ou  non,  participant  plus  largement  que  l’ouvrier  aux  joies  et  aux
splendeurs  de  la  civilisation  ,  doivent  participer  plus  largement  aussi  à  ses
dépenses.
Il  en  est  de  cette  répartition  des  charges  publiques  comme  des  taxes  que  les
directeurs  de  concerts  prélèvent  sur  la  curiosité  et  le  dilettantisme.  Le  même
spectacle  est  ouvert  à  t#K  :  le  même  lustre  verse  sur  la  scène  ses  gerbes  de  lumière ­
  ;  les  mêmes  vers,  les  mêmes  harmonies  font  courir  sur  tous  les  fronts  le
souffle  divin  du  génie  ;  les  mêmes  décors,  le  même  fard,  les  mêmes  pirouettes,
suivies  des  mêmes  coups  de  poignard,  s’adressent  à  tous  les  spectateurs,  et  cependant ­
  lisez  le  tarif,  que  de  nuances  de  prix  correspondant  à  combien  de  places
différente!  Le  charges  qui  pèsent  sur  chacun  sont  mathématiquement  proportionnées ­
  à  la  dose  d’aisance,  de  commodité  dont  il  jouit,  et  si  nous  avions  à  proposer ­
  aux  législateurs  un  modèle  pour  la  péréquation  de  l’impôt,  nous  n’en  voudrions ­
  pas  d’autre  que  cette  échelle  si  habilement  graduée  par  le  impresarios.
La  civilisation  n’et-elle  pas,  en  effet,  une  fête  immense  et  perpétuelle  que  le
genre  humain  se  donne  à  lui-même,  et  ceux-là  (jui  assistent  à  cette  fête  du  haut
de  leurs  amphithéâtres  somptueusement  décorés,  n’en  doivent-ils  pas  défrayer  les
dépenses  plus  largement  que  la  foule  qui  gronde  dans  l’arène  poudreuse  du  parterre, ­
  ou  qui  s  agite,  comme  l’Irlandais  de  nos  jours  et  l’Ilote  de  l’antiquité,
sans  même  entrevoir  les  splendeurs  de  ce  juhilé?  C’est  ainsi  que  l’on  est  amené
forcément  à  placer  au-dessus  du  principe  qui  veut  qu'on  frappe  chaque  citoyen
dans  la  mesure  de  ses  ressources,  un  autre  principe  plus  grand  encore  ,  qui  porte
en  lui  la  solution  à  la  fois  mathématique  et  paternelle  du  vaste  problème  de  l’impôt ­
  et  qui  n’est  que  la  loi  de  la  solidarité  sociale  mise  en  chiffres.  Ce  principe  entrevu ­
  par  Montesquieu,  confirmé  par  I.-B.  Say,  et  formulé  dans  la  théorie  de
I  impôt  proportionnel,  veut  ceci  ;  La  taxe  qui  atteint  cette  portion  de  la  richesse
du  pays  qui  sert  à  la  satisfaction  des  premiers  besoins,  doit  être  infiniment  moins
lourde  que  celle  supportée  par  les  consommations  de  luxe.  Ainsi,  des  esprits  que
l’on  a  traités  de  rêveurs  et  de  révolutionnaires,  —  et  nous  nous  faisons  honneur
d’appartenir  à  cette  jacquerie  financière,  —  certains  esprits  ont  eu  l’audace  de
penser  et  de  dire  que  tout  homme  doit  avoir  dans  ses  ressources  une  partie  inviolable, ­
  respectée,  celle  où  il  puise  son  existence  matérielle  et  celle  de  ses  enfants. ­
  (.e  fonds  indispensable,  qu’on  ne  saurait  atteindre  sans  commettre  un
crime  pareil  à  celui  qu’on  commettrait  en  diminuant  la  somme  d’air  qu’il  faut  à
ses  poumons,  la  somme  de  liberté  qu’il  faut  à  sa  conscience,  ce  fonds  ne  relève
pas  de  I  impôt  c’est  le  tribut  payé  à  la  faim,  à  la  nature.  I>e  prélèvement  de  la  so-
            
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