Full text: Oeuvres complètes

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166 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
Cela aurait lieu plus particulièrement pour ce qui regarde un mé 
tal servant de monnaie que pour toute autre marchandise ; car il 
n’y a pas de demande pour une quantité définie de numéraire, 
comme il y en a pour des objets d’habillement ou de nourriture. La 
demande de numéraire n’est réglée que par sa valeur, et sa valeur 
dépend de sa quantité. Si l’or valait le double de ce qu’il vaut, la 
moitié de la quantité actuelle remplirait les mêmes fonctions dans la 
circulation; et si l’or ne valait que la moitié de sa valeur actuelle, il 
en faudrait le double pour les besoins de la circulation. Si le prix 
courant du blé augmentait d’un dixième par l’effet de l’impôt ou par 
la difficulté de la production, il se pourrait que la consommation du 
blé n’éprouvât aucun changement; car, chacun n’ayant besoin que 
d’une quantité définie de blé, il continuerait à la consommer tant 
qu’il aurait les moyens de l'acheter. Mais pour ce qui regarde le nu 
méraire, la demande en est exactement en raison de sa valeur. Per 
sonne ne pourrait consommer le double du blé qui lui est ordinaire 
ment nécessaire pour sa iiouriture; mais tout le monde, quoique 
n’achetant et ne vendant que la même quantité de marchandises, 
peut avoir besoin d’employer deux, trois, ou un plus grand nombre 
de fois autant d’argent. 
L’argument dont je viens de me servir ne s’applique qu’aux pays 
dont la monnaie est métallique, et où il n’y a point de papier-mon 
naie. L’or, ainsi que toute autre marchandise, a une valeur courante 
qui se règle en définithe par le degré comparatif de facilité ou de 
difficulté de la production ; et quoique, par sa nat ure durable et par 
la difficulté d’en diminuer la quantité, il ne soit pas très-sujet à 
éprouver des variations dans son prix courant, cette difficulté 
augmente encore beaucoup en raison de ce qu’il sert de monnaie. Si 
la quantité de l’or, considéré uniquement comme marchandise, n’é 
tait, dans le marché, que de dix mille onces, et que la consommation 
de nos manufactures fût de deux mille onces par an, l’or pourrait 
hausser d’un quart ou de 25 pour 0/0 de sa valeur dans un an, 
si l’approvisionnement annuel venait à être retiré ; mais si, en rai 
son de ce qu’il sert de monnaie, sa quantité était de cent mille on 
ces , il faudrait dix ans pour que la valeur de l’or pût hausser d’un 
quart. Comme la monnaie de papier peut être très-facilement ré 
duite en quantité, sa valeur, quoique réglée d’après celle de l’or, 
augmenterait aussi rapidement que le ferait celle de ce métal, s’il 
n’avait aucun rapport avec la monnaie. 
Si l’or n’était que le produit d’un seul pays, et si ce métal était
	        
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