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PRLNCIPKS HF l/ÉCONOMfE POLITIQUE
» pres desseins, en faisant d’abord monter le prix des subsistances,
» afin d’en diminuer la consommation, et en faisant ensuite hausser
« les salaires pour fournir au travailleur le même approvisionnement
» qu’auparavant \ »
*■ Rien de plus vrai que le contraste offert par le renchérissement des subsis
tances, et la dégradation des salaires, aux époques de disette. C’est qu’en effet la
lutte se trouve alors engagée entre deux faits bien distincts : un fait naturel,
physique, qui est la végétation; un fait social, qui est l’offre et la demande des
bras ; — le premier frappant comme la foudre, le second ne pouvant subir que des
transformations lentes, du moins quand ces transformations ne sont pas précipi
tées, aggravées par les crises de l’industrie, du commerce ou de l’agriculture Un
mois suffit, en effet, pour dessécher la racine des plantes, et frapper de mort les
ressources agricoles de tout un pays; mais il faut des années quand il ne faut
pas des siècles pour accroître avec l’industrie la valeur du travail. Un mois suffit
pour tripler le prix du blé, mais pour tripler des salaires, il faut de grands efforts,
suivis de grands succès A n’étudier, donc, que les phénomènes économiques
d’un petit nombre d’années, l’ascension du prix des subsistances sera, comme le
dit iVI. Ruchanan, contemporaine de l’abaissement des salaires; mais si, élargis
sant l’horizon, on surveille la marche séculaire du travail, à travers les oscilla
tions infinies et infiniment douloureuses qu’il éprouve, on découvre que sa valeur
s’est accrue constamment, et que la même somme d’efforts donne aujourd’hui à
l’ouvrier une somme de bien-être, de jouissances bien plus considérables que du
temps de la reine Berthe, du roi Arthur ou des Pharaons. Les ognons d’Egypte,
le pain noir des Ergastules, les maigres deniers qu’on donnait aux ouvriers du
moyen-Age, sont devenus des salaires de 3 à 4 francs ou schillings, et la scène at
tristée de l’esclavage antique, ou du servage féodal s’est illuminée aux reflets de
cette lampe merveilleuse qui est la liberté de penser, de dire et d’agir. Si bien que
demain, peut-être, les salaires baisseront dans un pays, pour se relever, après-de
main, et puis tomber encore ; mais nous certifions que dans un siècle ils auront
définitivement haussé.
Tout ce que nous pouvons concéder à iSl. Buchanan, c’est que les travailleurs
ne’ marchent pas vers le bien être, comme une flèche \ole au but, sans détours,
sans déviations : ils v vont à travers mille obstacles, mille sinuosités, mais en
réalité, ils y vont
Et d’ailleurs, nous ne voyons pas ce que la nature a a faire dans la fixation du
taux des subsistances, et en quoi la Providence se mêle de rédiger les tarifs de la
Halle ou de Mark-Lane. Nous ne voyons pas surtout en quoi, comme le veut
M. Buchanan, cumme le prétend Ricardo : Dieu contrarierait ses propres fies-
seins en permettant aux salaires de s’élever dans te rapport du renchérisse
ment (les subsistances. T.es desseins de Dieu, en couvrant la terre de générations
vivantes, n’ont pas été de les affamer ou de les étouffer dans les étaux d’un syllo
gisme économique. En créant l’homme, il lui a legué la terre pour nourrice,
comineen créant l’enfant il a gonflé le sein des mères. Si maintenant les mois
sons se flétrissent, si les plantes meurent frappées d’innombrables fléaux, si k
lait manque aux faibles, et le pain aux forts, il faut voir dans ces faits redou-