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CHAP. XVI. — DES IMPOTS SUR lÆS SALAIRES.
Je me flatte donc d’avoir démontré d’une manière satisfaisante,
qu’un prix, comparativement bas des métaux précieux, par suite d un
impôt, ou , en d’autres termes, un prix généralement élevé des den
rées, ne peut nuire en rien à un pays, attendu qu’une partie des mé
taux serait exportée, ce qui, en faisant hausser leur valeur, ferait
baisser d’un autre côté le prix des denrées. J’ai démontré de plus,
que, si les métaux précieux n’étaient point exportés, et si, par des
lois prohibitives, on pouvait les retenir dans le pays, l’effet produit
sur le change contre - bal ancerait celui des hauts prix. Si donc des
impôts sur les objets de première nécessité et sur les salaires, ne
peuvent pas avoir l’effet d’élever le prix de toutes les denrées dont
la production a exigé l’emploi d’une certaine somme de travail, on
aurait tort de condamner ces impôts sur de pareils motifs : et quand
même il serait vrai qu’ils produisissent de semblables effets, ils n’en
seraient pas, pour cela, plus nuisibles.
Il est incontestable que « les impôts sur les choses de luxe n’ont
•> aucune tendance à faire monter le prix d’aucune autre marchandise
" que de celles qui sont imposées ; » mais il n’est pas vrai « que les
» impôts sur les objets de nécessité, en faisant monter les salaires du
» travail, tendent nécessairement à faire monter le prix de tous les
« objets manufacturés. * 11 est vrai « que les impôts sur les choses de
" luxe sont payés, en définitive, par les consommateurs de la chose
» imposée, sans aucune répétition de leur part. Ils tombent indis-
" linctement sur toutes espèces de revenus, salaires de travail, profits
" de capitaux, et rentes de terre. » Mais il est faux « que les im-
» pôts sur les choses de nécessité, pour ce (jui pèse sur la classe pau-
» vre et ouvrière, soient payés en définitive, partie par les proprié-
» taires dans lé déchet que souffrent les fermages de leurs terres, et
" partie par les riches consommateurs, propriétaires et autres, dans
" surhaussement de prix des choses manufacturées ; » car, en
taut que ces impôts portent sur Ja classe pauvre et ouvrière, ils
seront payés presque en totalité par la diminution des profits du
capital, les travailleurs eux-mémt*8 n’en payant qu’une très-petite
partie par la diminution du travail, diminution que les impôts de
tout genre tendent à produire.
est d’après la manière erronée dont le docteur Smith a envisagé
les eiitj^g de ces impôts, qu’il a été conduit à la conclusion suivante :
“ les classes supérieures et mitoyennes entendaient bien leur inté-
" **^1, elles devraient toujours s’opposer à tous impôts sur les choses
” 'Nécessaires à la vie , tout comme aux impôts directs sur les salaires