Full text : Oeuvres complètes

CH,  XVll.  —  DES  IMPOTS  SUD  DES  PRODUITS  NON  AGRICOLES.  229

L’argument  suivant,  de  M.  Say,  est  fondé  sur  les  mêmes  considérations ­
  que  celui  de  M.  Buchanan.  «  La  quantité  de  vin  ou  de  blé
*  que  produit  une  terre,  reste  à  peu  près  la  même,  quel  que  soit
“  l’impôt  dont  la  terre  est  grevée  ;  l’impôt  lui  enlèverait  la  moitié,
"  les  trois  quarts  même  de  son  produit  net,  ou,  si  l’on  veut,  de  sa
»  rente,  que  la  terre  serait  néanmoins  exploitée  pour  en  retirer  la
«  moitié  ou  le  quart  que  l’impôt  n’absorberait  pas.  Le  taux  de  la
»rente,  c’est-à-dire  la  part  du  propriétaire,  baisserait;  voilà  tout.
»  On  en  sentira  la  raison,  si  l’on  considère  que,  dans  le  cas  supposé,
»  la  quantité  de  denrées  produites  par  la  terre,  et  envoyée  au
»  marché,  reste  néanmoins  la  même.  D’un  autre  côté,  les  motifs  qui
»  établissent  la  demande  de  la  denrée  restent  les  mêmes  aussi.  Or,
»  si  la  quantité  des  produits  qui  est  offerte,  si  la  quantité  qui  est
»  demandée,  doivent,  malgré  l’établissement  ou  l’extension  de  la
»  contribution  foncière,  rester  néanmoins  les  mêmes,  les  prix  ne
»  doivent  pas  varier  non  plus;  et  si  les  prix  ne  varient  pas,  le  con-»
  sommateur  des  produits  ne  paie  pas  la  plus  petite  portion  de  cet
»  impôt.
»  Dira-t-on  que  le  fermier,  celui  (|ui  fournit  l’industrie  et  les
»  capitaux,  partage  avec  le  propriétaire  le  fardeau  de  l’impôt?  On  se
»  trompera,  car  la  circonstance  de  l’impôt  n’a  pas  diminué  le  nom-»
  bre  des  biens  à  louer,  et  n’a  pas  multiplié  le  nombre  des  fermiers.
»  Dès  qu’en  ce  genre  aussi,  les  quantités  offertes  et  demandées  sont
»  restées  les  mêmes,  le  taux  des  rentes  a  dû  rester  le  même.
»  L’exemple  du  manufacturier  de  sel,  qui  ne  peut  faire  suppor-»
  ter  à  ses  consommateurs  qu’une  partie  de  l’impôt,  et  celui  du  pro
»  priétaire  foncier,  qui  ne  peut  s’en  faire  rembourser  la  plus  petite
■>  partie,  prouvent  l’erreur  de  ceux  qui  soutiennent,  en  opposition
»  avec  les  économistes,  que  tout  impôt  retombe  définitivement  sur
»  les  consommateurs.  »  Liv.  Ill,  chap.  8.
Si  l’impôt  enlevait  la  moitié,  leu  trois  quarts  même  du  produit
net  de  la  terre  sans  que  le  prix  des  produits  haussât,  comment
ces  fermiers  pourraient-ils  retirer  les  profits  ordinaires  des  capitaux
qui  ne  paieraient  que  des  rentes  modiques,  ayant  à  exploiter  cette
sorte  de  terres  qui  exige  beaucoup  plus  de  travail  pour  rendre  un
produit  donné  (jue  des  terres  d’une  meilleureijualité?  La  rente  serait ­
  même  abandonnée  en  entier,  (|ue  ces  fermiers  retireraient  toujours ­
  de  leur  industrie  des  profits  moindres  que  ceux  des  autres
commerces,  et  ils  ne  continueraient  par  consc(|ucnt  à  cultiver  leurs
            
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