Full text : Oeuvres complètes

230  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
terres  qu’autaiit  qu’ils  pourraient  élever  le  prix  de  leurs  produits  \
Si  l’impôt  tombait  sur  les  fermiers,  il  v  eu  aurait  moins  de  dispo-*

  J’ai  distingué  dans  mon  Économie  politique\e&  profits  du  fonds  de  terre  des
profits  du  capital  employé  à  sa  culture  ;  j’ai  même  distingué,  en  parlant  de  ce  capital, ­
  celui  qui  a  été  employé  par  le  propriétaire  en  bâtiments,  en  clôtures,  etc.,de
celui  du  fermier,  qui  consiste  principalement  en  bestiaux  et  en  avances  de  frais
de  culture.  Le  premier  capital  est  tellement  engagé  dans  la  terre  à  laquelle  il  a
été  consacré,  qu’on  ne  peut  plus  l’en  séparer  ;  c’est  une  valeur  ajoutée  à  la  valeur
du  sol,  et  qui  en  subit  toutes  les  chancos,  bonnes  ou  mauvaises.  Lorsqu’on  est
forcé  d’abandonner  la  culture  d’une  terre,  on  est  forcé  d’abandonner  les  irrigations, ­
  les  clôtures,  et  même  la  plupart  des  bâtiments  qu’on  avait  faits  dans  la  vue
de  l’exploiter.  Cette  portion  du  capital  est  donc  devenue/ond.s  de  terre.  Il  n’en
est  pas  de  même  des  bestiaux  et  des  avances  de  irais  ;  on  retire  ces  dernières  valeurs, ­
  on  les  emploie  ailleurs  quand  on  abandonne  un  fonds  de  terre.  C’est  ordinairement ­
  cette  portion  du  capital  qui  appartient  au  fermier,  et  qui  se  retire
lorsqu’elle  ue  rend  plus  des  profits  ordinaires.
Or,  je  dis  que  lorsqu’une  terre  est  directement  ou  indirectement  grevée  d’impôts, ­
  ce  n’est  pas  le  profit  de  l’industrie  et  du  capital  du  fermier  qui  en  supporte
le  faix,  parce  qu’alors  ses  talents,  ses  travaux  et  son  argent,  qui  se  sont  mis  en
avant  pour  un  métier  où  l’on  gagnait  autant  que  dans  tout  autre,  cæteris  paribus,
  abandonneraient  une  terre  qui  ne  leur  offrirait  plus  que  des  profits  inférieurs, ­
  s’il  fallait  en  déduire  de  nouvelles  charges.  Dès  lors,  au  premier  renouvellement ­
  de  bail,  il  faudrait  bien  que  le  propriétaire  baissât  le  prix  de  son  bail  ;
autrement  il  ne  trouverait  point  de  locataires.
En  supposant  que  l’impôt  montât  de  celte  manière,  jusqu’à  ravir  au  propriétaire ­
  la  totalité  du  fermage,  du  produit  net,  je  ne  vois  pas  que  le  fermier,  quelque
inférieure  que  fût  la  qualité  des  terres,  quelque  coûteuse  que  fût  la  culture,  y
perdît  encore  rien,  puisqu’il  a  dû  s’arranger  pour  en  être  remboursé  par  les
produits  avant  d’en  payer  un  fermage.
M.  Ricardo  me  semble  demander  sur  quoi  il  retiendra  le  montant  de  l’impôt
dont  il  fait  l’avance,  lorsqu’il  n’a  point  de  fermage  à  payer.  Mais  je  n’appelle  du
nom  de  fermage  ou  produit  net  d’une  terre  (|ue  ce  qui  revient  au  propriétaire  après
que  l’impôt  est  acquitté  ou  retenu  p  ir  le  fermier.  Que  si  I  impôt  ne  peut  ctre
payé,  même  avec  le  sacrifice  de  tout  le  produit  net  ;  si  le  fisc  veut  avoir  encore
de  plus  une  portion  du  profit  du  capital  et  du  profit  industriel  du  fermier,  il  est
clair  que  celui-ci  quitte  la  partie,  et  que  nul  autre  ne  voulant  prendre  sa  place
pour  travailler  avec  trop  peu  de  profit,  ou  sans  profit,  la  terre  reste  en  friche.
M.  Ricardo  peut  dire  qu’un  certain  nombre  de  terres,  à  commencer  par  les
qualités  les  plus  mauvaises,  devant  toujours  se  trouver  dans  ce  cas,  une  extension
d’impôts  doit  toujours  faire  abandonner  quelques  cultures,  diminuer  par  conséquent ­
  la  quantité  de  blé  portée  au  marché,  ce  qui  en  fait  hausser  le  prix  \  or,  du
moment  que  le  prix  hausse,  c’est  le  consommateur  qui  paie  l’impôt.
.le  réponds,  avec  Adam  Smith,  qu’un  système  durable  d’impôts  insupportables
agit  à  la  manière  d’un  climat  inhospitalier,  d’un  fléau  de  la  nature  :  il  contrarie
la  production,  et  la  production  des  substances  alimentaires  contrariée  entraîne  la
            
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