Full text : Oeuvres complètes

CH.  XX.  —  DES  PROPRIÉTÉS  DE  LA  VALEUR  ET  DES  RICHESSES.  ¡251
car  la  rareté  des  choses  en  augmente  la  valeur.  Mais  si  Adam  Smith
a  raison,  si  la  richesse  se  compose  des  choses  de  nécessité  et  d  agrément ­
  ;  dans  ce  cas  elle  ne  saurait  augmenter  par  la  diminution  de
CCS  choses.
11  est  vrai  qu’une  personne  qui  possède  un  objet  rare,  est  plus
riche,  si,  au  moyen  de  cet  objet,  elle  peut  se  procurer  une  plus  grande
quantité  de  choses  nécessaires  et  agréables  à  la  vie  ;  mais  le  fonds
général  duquel  est  tirée  la  richesse  des  autres  personnes  s’en  trouve
nécessairement  diminué.
«  Que  l’eau  devienne  rare,  dit  lord  Lauderdale,  et  qu  elle  soit  le
partage  exclusif  d’un  seul  individu,  sa  richesse  personnelle  croîtra  ;
car  l’eau,  dans  ce  cas,  aura  une  valeur;  et  si  la  richesse  nationale
se  compose  de  la  somme  des  fortunes  individuelles,  par  ce  moyen
la  richesse  générale  se  trouvera  aussi  augmentée.  »
La  richesse  de  cet  individu  augmentera,  nul  doute  ;  mais  comme
il  faudra  que  le  fermier  vende  une  partie  de  son  blé,  le  cordonnier
une  partie  de  ses  souliers,  et  que  tout  le  monde  se  prive  d’une  partie
de  son  avoir  dans  l’unique  but  de  se  procurer  de  l’eau  qu’ils  avaient
auparavant  pour  rien,  ils  seront  tous  appauvris  de  toute  la  quantité  de
denrées  qu’ils  sont  forcés  de  consacrer  à  cet  objet,  et  le  propriétaire
de  l’eau  aura  un  profit  jirécisément  égal  à  leur  perte.  La  société
jouira  toujours  de  la  même  quantité  d’eau  et  de  la  même  quantité
de  denrées  ;  mais  la  distribution  en  sera  différente.  C’est  cependant
dans  la  supposition  qu’il  y  a  seulement  monopole  d’eau,  et  non  disette ­
  ;  car  si  l’eau  manquait,  la  richesse  nationale  et  individuelle  se
trouverait  réellement  réduite,  en  tant  qu  elle  serait  privée  d’une  portion ­
  d’un  des  objets  qui  servaient  aux  jouissances  générales.  Nonseulement
  le  fermier  aurait  moins  de  blé  à  donner  en  échange  pour
les  autres  denrées  qui  pourraient  lui  être  nécessaires  ou  agréables  ;
mais  il  éprouverait,  comme  tout  autre  individu,  une  diminution
dans  la  jouissance  d’un  objet  aussi  essentiel  à  son  bien-être.  11  y  aurait ­
  donc,  non-seulement  une  répartition  dilférentc  des  richesses,
mais  il  y  aurait  encore  perte  réelle  de  richesse.
C’est  pourquoi  l’on  pourrait  dire  de  deux  pays  qui  posséderaient
une  quantité  égale  de  toutes  les  choses  nécessaires,  utiles  ou  agréables ­
  à  la  vie,  qu’ils  sont  également  riches  ;  mais  la  valeur  de  leurs
richesses  respectives  dépendra  de  la  facilité  ou  difficulté  comparative
avec  laquelle  ces  richesses  sont  produites.  Si  une  machine  perfectionnée ­
  nous  donnait  le  moyen  de  faire  deux  paires  de  bas,  au  heu
d’une,  sans  employer  plus  de  travail,  on  donnerait  double  quantité
            
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