Full text : Oeuvres complètes

cil.  XX.  —  DES  PROPRIÉTÉS  DE  LÀ  VALEUR  ET  DES  RICHESSES.  ái9
seraient-ils  la  mesure  commune  de  la  \aleur  plutôt  que  le  charbon
ou  le  fer,  que  le  drap  ,  le  savon  ,  la  chandelle,  ou  tout  autre  objet
nécessaire  à  l’ouvrier?  Comment,  en  un  mot,  une  denree  quelconque ­
  ,  ou  toutes  les  denrées  ensemble,  pourraient-elles  constituer  une
mesure  commune,  lorsque  la  mesure  elle-même  se  trouve  être  sujette
à  éprouver  des  variations  dans  sa  valeur?  Le  blé,  ainsi  que  1  or,
peut,  par  la  difliculté  ou  la  facilité  de  sa  production,  varier  de  10,
20  ou  .30  pour  100,  relativement  aux  autres  choses;  pourquoi  donc
dire  toujours  que  ce  sont  ces  autres  choses  qui  ont  varié,  et  non  le
blé?  11  n’y  a  de  denrée  invariable  que  celle  qui,  dans  tous  les  temps,
exige  pour  sa  production  le  même  sacriiice  de  travail  et  de  peines.
Nous  n’en  connaissons  point  de  semblables,  mais  nous  pou^ons  en
parler  et  en  raisonner,  par  hypothèse,  comme  si  elle  existait;  et
nous  pouvons  perfectionner  la  théorie  de  la  science  en  faisant  ^oir
clairement  que  toutes  les  mesures  adoptées  jusqu’à  présent  pour  apprécier ­
  la  valeur  sont  absolument  inapplicables  L

me  font  croire  que,  bien  que  la  valeur  d’aucune  espèce  de  choses  ne  soit  invariable,
la  valeur  du  blé  est  sur  un  grand  nombre  d’années  communes  la  moins  variable
de  toutes.  J.*D.  Say.
*  La  valeur  est  une  qualité  inhérente  à  certaines  choses  ;  mais  c’est  une  qualité ­
  qui,  bien  que  très-réelle,  est  essentiellement  variable,  comme  la  chaleur.  Il
n’y  a  point  de  valeur  absolue,  de  même  qu’il  n’y  a  point  de  chaleur  absolue  ¡
mais  on  peut  comparer  la  valeur  d’une  chose  avec  la  valeur  d  une  autre,  de  même
qu’on  peut  dire  qu’une  eau  où  l’on  plonge  le  thermomètre,  et  qui  le  fait  monter
à  quarante  degrés,  a  autant  de  chaleur  apparente  que  tout  autre  liquide  qui  fait
monter  le  thermomètre  au  même  degré.
Pourquoi  la  valeur  est-elle  perpétuellement  variable?  La  raison  en  est  évidente ­
  :  elle  dépend  du  besoin  qu’on  a  d’une  chose  qui  varie  selon  les  temps,  selon
les  lieux,  selon  les  facultés  que  les  acheteurs  possèdent;  elle  dépend  encore  de  la
quantité  de  cette  chose  qui  peut  être  fournie,  quantité  qui  dépend  elle-même
d’une  foule  de  circonstances  de  la  nature  et  des  hommes.
La  valeur  ne  peut  être  mesurée  que  par  la  valeur.  Si  l’on  entreprenait  de  mesurer ­
  la  valeur  des  choses  par  une  autre  de  leurs  propriétés,  ce  serait  comme  si
l’on  voulait  mesurer  leur  poids  par  leur  forme  ou  par  leur  couleur;  mais  toute
valeur  étant  essentiellement  variable,  aucune  n’a  la  qualité  nécessaire  d'une  mesure ­
  :  l’invariabilité.  Aucune  ne  peut  donc  servir  à  donner  une  idée  exacte  d’une
autre  valeur  qui  est  dans  un  autre  temps  ou  dans  un  autre  lieu.  On  ne  peut  pas
dire  qu’une  chose  qui  a  coûté  deux  guinées  à  Londres,  vaut  le  double  de  celle  qui
a  coûté  une  guinée  à  Paris,  parce  que  la  guiiiée,  lorsqu’elle  est  à  Paris,  ne  vaut
pas  ce  qu’elle  vaut  à  Londres.  On  ne  peut  même  pas  dire  qu’une  chose  qui  \alait
à  Londres,  il  y  a  dix  ans,  une  guinée,  a  conservé  sa  même  valeur,  parce  qu  elle
s’y  vend  encore  une  guinée;  car  il  faudrait  pour  cela  avoir  la  certitude  que,  dans
            
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