Full text: Oeuvres complètes

266 ‘ PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 
» tend naturellement à en faire baisser les profits ; et quand les capi- 
o taux se sont pareillement grossis dans tous les différents commerces 
à peu de frais ; et cet admirable travail d’égalité, ce nivellement du bien-être, il 
a cru qu’on ne pouvait l’accomplir qu’en retranchant des profits du manufactu 
rier ce que l’on accordait, par l’abaissement du prix , au consommateur, par la 
hausse des salaires, aux classes laborieuses. Il n’a pas vu que c’est précisément 
dans la salutaire action de ce double phénomène que reposent l’avenir de l’in 
dustrie et sa prospérité : car c’est ce double phénomène qui appelle la masse'à 
consommer les produits créés, et qui, par conséquent, fait des besoins de tous 
un étai pour le travail de tous. Dire que parce qu’un fabricant fait à ses ouvriers 
une part plus large dans la répartition de la fortune publique il diminue d’autant 
son revenu et ses profits, c’est dire à la fois une chose fausse et une chose décou 
rageante : — décourageante, parceque, ou l’on introduirait la lutte et la haine 
dans les rangs des travailleurs, ou l’on condamnerait l’ouvrier à' un ilotisme 
barbare et à des salaires minimes, ou l’on convierait le manufacturier à une 
générosité impossible ; —fausse, en ce que plus une marchandise diminue de 
valeur, plus elle appelle la consommation, et plus elle appelle la'; consommation 
plus les bénéfices du fabricant se grossissent. Ne nions pas, ne refusons pas, sur 
tout, par amour pour les abstractions, ce miracle perpétuel de la production, 
qui appelle les plus humbles à la vie physique, comme les appelait le Christ à la 
vie morale. 
Quoi qu’on fasse ou dise, on n’échappera pas à la force des choses; et la force 
des choses veut que le capitai ne se dépouille pas en faveur du travail, et qu’avant 
d’attenter à ses profits, il prélève sur les salaires ce que l’état du marché ne peut 
plus lui donner. Si donc on voit un manufacturier hausser le prix de la main- 
d’œuvre, on peut être sûr que ses inventaires ont un aspect rassurant, que ses 
ateliers sont en pleine activité. Lorsque l’or s’écoule en minces filets au profit des 
ouvriers, on peut être convaincu qu’il coule à larges flots dans la caisse des chefs 
d’industrie, et je ne sache pas un seul exemple où l’on ait vu les salaires grandir 
au sein d’une industrie languissante. « Mais, dira-t-mi, ne voyez-vous pas le taux 
» de l’intérêt s’abaisser de toutes parts, tandis que s’élève au contraire, avec la 
» valeur des forces humaines, celle des subsistances. Ne voyez-vous pas que le 
» producteur hérite des dépouilles du capitaliste, du propriétaire, du rentier, 
» et que, dans ce déplacement de la richesse, les caisses des uns s’emplissent 
» aux dépens des caisses des autres? » Je reconnais facilement la décadence du 
rentier et du propriétaire, c’est-à-dire de l’élément oisif de la société. Ils repré 
sentent des capitaux inertes qui doivent nécessairement perdre de leur prix 
au milieu de la multiplication générale des produits et des signes monétaires : 
et leur fortune présente même quelque chose d’analogue à ces monnaies qui 
s’usent par le frai, ou bien, — que l’on me permette cette comparaison peu éco 
nomique — à des habits qui deviennent trop courts pour un corps que le temps 
développe et grandit. Rien de plus juste et de plus naturel à leur égard; mais 
je nie positivement l’autre partie de la proposition, celle qui veut envelopper dans 
la même déchéance toute cette classe de producteurs qui mettent en œuvre leurs 
capitaux, commanditent des industries, et font servir leurs sueurs d’hier à fécon-
	        
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