Full text : Oeuvres complètes

21)6

■  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Il  faut  aussi  observer  qu’il  ne  pourrait  être  fait  de  changement
permanent  à  la  distribution  des  capitaux  entre  l’agriculture  et  les
manufactures  ;  car,  comme  il  n’y  aurait  point  de  variation  ni  dans
le  montant  du  capital,  ni  dans  la  population,  il  y  aurait  précisément ­
  la  même  demande  de  pain  et  d’ouvrages  manufacturés.  Les
profits  du  fermier  ne  seraient  pas  au-dessus  du  niveau  général  après
la  baisse  du  prix  du  blé,  et  les  profits  du  manufacturier  ne  baisseraient ­
  pas  non  plus  après  le  renchérissement  des  objets  manufacturés. ­
  La  prime  ne  rendrait  donc  pas  nécessaire  l’emploi  d’un  plus
fort  capital  dans  la  production  du  blé,  ni  d’un  capital  moindre  dans
les  manufactures.  Mais  les  intérêts  du  propriétaire  foncier  ne  seraient-ils ­
  pas  affectés?  Par  le  même  principe  qu’un  impôt  sur  les
produits  de  la  terre  a  l’effet  de  faire  baisser  les  rentes  en  blé  sans
changer  la  rente  en  argent,  de  même  une  prime  accordée  à  la  production ­
  et  qui  est  précisément  l’opposé  d’un  impôt,  ferait  hausser
les  rentes  en  blé  sans  apporter  aucun  changement  à  celle  en  argent.
Le  propriétaire  foncier  recevra,  dans  ce  cas,  la  même  rente  en  argent  ;
et  tandis  qu’il  paiera  plus  cher  les  objets  manufacturés  dont  il  aura
besoin,  •  il  aura  le  blé  à  meilleur  marché  :  il  ne  se  trouvera  donc
vraisemblablement  ni  plus  riche  ni  plus  pauvre.
.  Quant  à  l’effet  qu’une  pareille  mesure  pourrait  avoir  sur  les
salaires,  il  s’agit  de  savoir  si  l’ouvrier,  par  l’achat  des  objets  de
sa  consommation,  paiera  autant  pour  l’impôt  qu’il  gagnera,  par
l’effet  de  la  prime,  sur  les  prix  réduits  de  sa  nourriture.  Si  ces  deux
quantités  étaient.  égales,  les  salaires  n’éprouveraient  point  de
variation;  mais  si  les  objets  imposés  n’étaient  pas  de  ceux  que  l’ouvrier ­
  consomme,  son  salaire  tomberait,  et  l’entrepreneur  de  travaux ­
  gagnerait  toute  la  valeur  de  cette  différence.  Mais  l’entrepreneur ­
  de  travaux  n’en  tirerait  cependant  aucun  avantage  réel;
cela  augmenterait  le,taux  de  ses  profits,  comme  le  ferait  toute
baisse  des  salaires;  mais  à  mesure  que  l’ouvrier  contribuera  pour
une  somme  toujours  moindre  au  fonds  qui  doit  fournir  à  la  prime,
et  qui  doit  être  levé  par  contribution,  l’entrepreneur  de  travaux
devra  y  contribuer  pour  une  plus  forte  part,  ou,  en  d’autres  mots,
l’entrepreneur  devra  fournir  à  l’impôt,  au  moyen  de  sa  dépense,  une
somme  égale  à  celle  qu’il  gagnera  par  l’effet  réuni  de  la  prime  et
de  profits  plus  considérables.  Il  retire  de  plus  forts  profits  de  son
capital,  afin  d’être  dédommagé,  non-seulement  de  sa  quote-part  de
l’impôt,  mais  encore  de  celle  de  ses  ouvriers.  La  rétribution  qu’il
reçoit  pour  la  part  de  l’impôt  des  ouvriers  se  trouve  dans  la  dimi-
            
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