Full text : Oeuvres complètes

CHAP.  XXIV.  —.1)KS  DOCTKIKES  D’ADAM  SMITH.  305
le  bas  prix  du  charbon,  de  quelque  source  qu’elle  provienne,  en  faisant ­
  abandonner  l’exploitation  des  mines  qui  ne  paient  pas  de  loyer
ou  qui  II  en  paient  qu’un  très-modique,  aurait  des  eli’ets  analogues
sur  la  culture  des  terres  ;  car  cette  grande  abondance  et  ce  bas  prix
conduiraient  à  délaisser  des  produits  de  la  terre,  rendraient  nécessaire ­
  d  abandonner  la  culture  des  terrains  qui  ne  paient  pas  de  rente,
ou  n’en  paient  qu’une  très-modique.  Si,  par  exemple,  les  pommes  de
birre  devenaient  la  nourriture  ordinaire  et  générale  de  notre  nation,
comme  le  riz  l’est  chez  quelques  peuples,  un  quart  ou  une  moitié  des
terres  actuellement  en  culture  serait  vraisemblablement  abandonné
¿l’instant  ;  car  si,  comme  Adam  Smith  l’assure,  «  un  acre  de  terre
"  en  pommes  de  terre  produit  six  mille  livres  pesant  de  nourriture
"  substantielle,  ce  qui  est  trois  fois  autant  qu’en  donnerait  un  acre
“  de  terre  en  blé,  »  la  population  ne  pourrait  pas  se  développer  longtemps ­
  sur  une  échelle  assez  vaste  pour  suffire  à  consommer  la  quantité ­
  de  nourriture  récoltée  sur  les  terres  où  l’on  cultivait  auparavant ­
  du  blé.  11  y  aurait  beaucoup  de  terrains  abandonnés,  et  les  rentes
tomberaient;  et  ce  ne  serait  que  lorsque  la  population  aurait  doublé
ou  triplé,  qu’on  pourrait  cultiver  de  nouveau  autant  de  terres  et
payer  de  ces  terres  un  aussi  fort  loyer  que  par  le  passé.  '
11  ne  serait  pas  payé  non  plus  une  plus  forte  part  du  produit  brut
au  propriétaire  foncier,  que  ce  produit  consistât  en  pommes  de  terre
suffisantes  pour  nourrir  trois  cenia  individus,  ou,  en  blé,  qui  ne  pourrait ­
  en  nourrir  que  cent;  car,  quoique  les  frais  de  production  se
trouvassent  bien  diminués,  dans  le  cas  où  les  salaires  de  l’ouvrier
seraient  réglés  principalement  par  le  prix  des  pommes  de  terre  et
non  par  celui  du  blé,  et  quoique,  par  conséquent,  la  somme  totale
ilu  produit  brut,  —  les  travailleurs  payés,  —  se  trouvât  considérablement
  augmentée,  cependant  aucune  partie  de  ce  surplus  n’irait
grossu-  la  rente  ;  il  irait  constamment  grossir  les  profits,  lesquels  montent ­
  toujours  quand  les  salaires  baissent,  et  tombent  lorsque  les  salaires ­
  haussent.  La  rente  suivra  la  même  marche,  que  l’on  cultive  du
blé  ou  des  pommes  de  terre;  elle  sera  toujours  égale  à  la  différence
entre  les  quantiWs  de  produits  obtenues  par  l’emploi  de  capitaux
pareils  sur  des  terres  de  la  même  ou  de  différente  qualité;  et  par  consequent, ­
  tant  que  des  terres  d’une  même  qualité  seront  cultivées  et
^  il  11  y  aura  aucune  variation  dans  leur  fertilité  et  dans  leurs  avanfees
  respectifs,  le  loyer  sera  toujours  dans  le  même  rapport  avec
le  produit  brut.
Adam  Smith  prétend  cependant  que  la  part  du  propriétaire  se  trou-{OEuv.
  de  Ricardo.)  20
            
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