Full text : Oeuvres complètes

nr50  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
»  de  prospérité,  monte  rapidement,  baisse  de  même  dans  les  temps  de
»  pauvreté  et  de  détresse.»  Cela  est  de  toute  vérité;  mais  il  ajoute  ;
.  11  en  est  autrement  des  choses  nécessaires.  Leur  prix  réel,  la
«  quantité  de  travail  qu’elles  peuvent  acheter  ou  commander,  s’élève
»  dans  les  temps  de  pauvreté  et  de  détresse,  et  baisse  dans  les  temps
O  d’opulence  et  de  prospérité,  qui  sont  toujours  des  temps  de  grande
w  abondance,  sans  quoi  ils  ne  seraient  pas  des  temps  d’opulence  et  de
»  prospérité.  Le  blé  est  une  chose  nécessaire  ;  l’argent  n’est  qu’une
»  chose  superflue.  »
Il  y  a  dans  ce  raisohnnement  deux  propositions  mises  en  avant,
qui  n’ont  aucune  liaison  entre  elles  :  l’une,  que,  dans  les  circonstances ­
  supposées,  le  hlé  pourrait  commander  plus  de  travail,  ce  que
nous  admettons  ;  l’autre,  que  le  hlé  aurait  un  plus  haut  prix  en  argent,
ou  s’échangerait  contre  une  plus  grande  quantité  d  argent  métallique. ­
  C’est  cette  seconde  proposition  que  je  crois  fausse.  Elle  pourraiôtre
  vraie,  si  le  blé  était  rare  en  même  temps  que  cher,  si  1  approvit
sionnement  ordinaire  avait  manqué.  Mais,  dans  le  cas  supposé,  le  blé
est  en  abondance,  et  oii  ne  prétend  pas  que  l’importation  en  soit  moindre ­
  que  de  coutume,  ou  qu’il  en  faille  davantage.  11  manque  aux
Hollandais  et  aux  Génois  de  l’argent  pour  acheter  du  blé,  et,  pour
avoir  cet  argent,  ils  sont  obligés  de  vendre  leurs  superfluités.  C’est  la
valeur  et  le  prix  courant  de  ces  superfluités  qui  baissent,  et  l’argent  parait ­
  hausser  si  on  le  compare  à  ces  objets.  Mais  cela  ne  fera  pas  augmenter ­
  la  demande  de  blé,  ni  tomber  la  valeur  de  l’argent,  qui  sont  les
deux  seules  causes  qui  puissent  faire  monter  le  prix  du  blé.  Il  peut
y  avoir  une  grande  demande  d’argent,  soit  faute  de  crédit,  soit  par
d’autres  causes,  et  il  peut  renchérir  en  conséquence  par  rapport  au
blé  ;  mais  il  est  impossible  d’établir  sur  aucun  principe  raisonnable
que’  dans  de  semblables  circonstances,  l’argent  doive  être  à  bon  marché, ­
  et  que  par  conséquent  le  prix  du  blé  doive  hausser.
Quand  ou  parle  du  plus  ou  moins  de  valeur  de  l’or,  de  l’argent  ou  de
toute  autre  marchandise  dans  différents  pays,  on  devrait  toujours  choisir
une  mesure  pour  estimer  cette  valeur,  si  l’on  veut  être  intelligible.
Par  exemple,  quand  on  dit  que  l’or  est  plus  cher  en  Angleterre  qu  en
Espagne,  si  l’on  ne  l’estime  pas  en  le  comparant  à  d’autres  marchandises, ­
  quel  peut  être  le  sens  de  cette  assertion?  Si  le  blé,  les  olives,
l’huile,  le  vin  et  la  laine  sont  à  meilleur  marché  en  Espagne  qu’en
Angleterre,  l’or,  estimé  au  moyen  de  ces  denrées,  se  trouvera  être  plus
cher  eu  Espagne.  Si,  d’un  autre  côté,  la'quincaillerie,  le  sucre,  le  drap,
etc.,  sont  à  plus  bas  prix  en  Angleterre  qu’en  Espagne,  dans  ce  cas.
            
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