358 PRINCIPES DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE.
» Quand donc nous exprimons, dans le langage ordinaire, la
» valeur d’une chose quelconque, cette valeur peut changer d’un
» temps à un autre par l’opération de huit causes différentes :
s’engloutir dans une industrie ruineuse. Si, d’uu autre côté, le prix nécessaire du
produit n’est pas en rapport avec son utilité, le demandeur disparaît et ses ma
nufactures restent encombrées. Vous aurez beau désirer un objet, le demander,
si vous ne parvenez pas à rémunérer le travail qui sert à le mettre à votre portée,
votre désir restera à l’état de rêve ; vous aurez beau produire chèrement, envoyer,
par exemple, sur les terres équinoxiales des patins destinés à glisser sur une glace
qui n’existe pas; enfin, vous aurez beau inonder de vins précieux les pays voués à
l’eau par le Coran, votre opération pour être coûteuse n’en sera pas moins désas
treuse.' Il y a donc action et réaction constantes entre les conditions de la produc
tion et l’état du marché. Une augmentation et une diminution dans les frais res
serrent et dilatent tour,à tour la demande ; des besoins “plus nombreux, plus
ou moins pressants activent ou paralysent l'œuvre industrielle, et, par suite,
grossissent ou diminuent les frais. C’est donc fausser la question que retrancher
une de ces influences ; c’est faire quelque chose d’analogue à l’acte d’un individu,
qui pour établir l’équilibre dans une balance enlèverait un des plateaux.
Ce qui prouve bien, d’ailleurs, la nécessité de combiner des lois, si mal à pro
pos rendues antagonistes, c’est l’exagération que prennent les prix à certaines
époques et l’affaissement subit qui succède à cette hausse. I.es frais de produc
tion du blé, par exemple, ne varient pas sensiblement d’une année à l’autre : la
somme de travail humain qui se dépense à creuser les sillons, à semer, à prépa
rer la moisson, reste à peu près la même; et cependant, vienne un beau soleil,
une saison féconde, le prix des céréales fléchit, le pain descend à la portée des
bouches les plus humbles : vienne, au contraire, une année calamiteuse, et ce
sont des prix de famine qui s’établissent. Les frais de production n’ont certes pas
ajouté un centime cette année à la valeur du blé ; mais le hasard a voulu que les
populations fussent trop abondantes pour les produits alimentaires, et l’influence
est ainsi passée complètement à l’autre loi. Lorsque les Hollandais anéantissaient
leurs splendides récoltes de Java et des Moluques, ils n’accroissaient pas d’un cen
time le prix de revient du gingembre, du poivre, de la muscade : ils rompaient
violemment l’équation entre l’offre et la demande, et le renchérissement de ces
denrées était destiné à combler le vide artificiellement créé. ¡Mais aussi, lorsque
Crompton, Watt et Arkwright armaient l’industrie anglaise de machines infati
gables et abaissaient, par l’immensité des produits et l’allégement des frais géné
raux, le prix des étoffes de coton et de laine, la demande recevait un stimulant
énergique et le marché obéissait à son tour aux influences de la fabrication.
Il n’est donc pas^de choix à faire entre l’idcejde Ricardo et l’idée de J .-B . Say,
l’une et l’autre étant nécessaires pour déterminer la valeur des choses ; mais il
est incontestable que les frais de production ont sûr les prix une influence plus
générale, plus fondamentale. Comme, eu réalité, dans une organisation économi
que, légitime et équitable, c’est le travail qui fonde la valeur des choses et déter
mine la part de chacun dans la richesse collective ; comme les frais de produc-