Full text : Oeuvres complètes

364  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE,
le  prix  de  la  marchandise  produite  descendrait,  sous  la  pression  de
concurrence,  au  niveau  des  frais  de  production,  et  le  capitaliste
verrait  baisser  ses  profits.  Seulement  il  profiteraità  titre  de  consommateur, ­
  de  l’avantage  réparti  à  tous,  et  pourrait,  avec  le  même
revenu  en  argent,  se  procurer  une  somme  plus  considérable  de  jouissances ­
  et  de  bien-être.
•  Je  croyais  encore  que  les  machines  étaient  une  institution  éminemment ­
  favorable  aux  classes  ouvrières  en  ce  qu’elles  acquéraient
ainsi  les  moyens  d’acheter  une  plus  grande  masse  de  marchandises
avec  les  mêmes  salaires  en  argent  :  et  je  pensais,  de  plus,  que  les  salaires ­
  ne  subiraient  aucune  réduction  par  la  raison  que  les  capitalistes
auraient  besoin  de  la  même  somme  de  travail  qu’àuparavant,  quoique
ce  travail  dût  être  dirigé  dans  des  voies  nouvelles.  Si,  par  l’emploi
de  machines  nouvelles,  on  parvenait  à  quadrupler  la  quantité  de
bas  fabriqués,  et  que  la  demande  de  bas  ne  fît  que  doubler,  il  faudrait ­
  nécessairement  licencier  un  certain  nombre  d’ouvriers  ;  mais
comme  le  capital  qui  servait  à  les  entretenir  existait  toujours  et  que
l’intérêt  des  capitalistes  devait  être  d'employer  productivement  ce
capital,  il  me  paraissait  qu’il  irait  alimenter  quelque  autre  industrie
utile  à  la  société.  J’étais,  en  effet,  et  demeure  profondément  convaincu ­
  de  la  vérité  de  ces  paroles  d’Adam  Smith.  —  «  Le  désir  des
aliments  se  trouve  limité  chez  l’homme  par  l’étroite  dimension  de  son
estomac;  mais  le  désir  du  bien-être,  du  luxe,  des  jouissances’,  des
équipages,  de  la  toilette  est  infini  comme  l’art,  comme  le  caprice.  »
Dès  lors,  comme  je  pensais  que  la  demande  de  travail  serait  la
même  et  que  les  salaires  ne  baisseraient  pas,  je  pensais  aussi  que
les  classes  inférieures  participeraient,  comme  toutes  les  autres  classes ­
  ,  aux  avantages  résultant  du  bas  prix  des  marchandises,  et  par
conséquent  de  l’emploi  des  machines.
Telles  étaient  mes  opinions  :  telles  elles  sont  encore  relativement
au  propriétaire  et  au  capitaliste  ;  mais  je  suis  convaincu  que  la  substitution ­
  des  forces  mécaniques  aux  forces  humaines  pèse  quebiuefois
très-lourdement,  très-péniblement  sur  les  épaules  des  classes  laborieuses. ­

Mon  erreur  provenait  de  ce  que  je  faisais  toujours  croître  parallèlement ­
  le  revenu  net  et  le  revenu  brut  d’une  société,  et  que  tout
prouve,  au  contraire,  que  les  fonds  où  les  propriétaires  et  les  capitalistes ­
  puisent  leurs  revenus  peuvent  grandir  tandis  que  celui  qui  sert
à  maintenir  la  classe  ouvrière  diminue.  D’où  il  suit  que  la  cause
même  qui  accroît  le  revenu  net  d’un  pays  peut  en  même  temps  acti-
            
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