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PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE.
Supposons que la demande soit de un million de quarters de blé,
et que ce soit le produit des terres actuellement en culture ; suppo
sons encore que la fertilité de ces terres soit tellement diminuée,
qu’elles ne rendent plus que neuf cent mille muids, la demande étant
de un million de muids, le prix du blé hausserait, et il faudrait avoir
recours à des terrains d’une qualité inférieure plus tôt qu’on ne l’au
rait fait si les bonnes terres avaient continué à produire un million
de quarters.
C’est cette nécessité de mettre des terres d’une qualité inférieure
en culture, qui est la cause de l’augmentation de la rente. La rente
n’est pas, il faut se le rappeler, en proportion de la fertilité absolue des
terres en culture, mais en proportion de leur fertilité relative. Toute
cause qui portera les capitaux vers la culture des terrains ingrats
doit la faire hausser, puisque la rareté comparative des terrains les
plus fertiles est la source de la rente, ainsi que M. Malthus l’a an
noncé dans sa troisième proposition. Le prix du blé doit naturelle
ment s’élever par suite de la difficulté qu’on éprouve d’en obtenir
les dernières portions ; cependant, comme les frais de production
ne s accroîtront pas sur les terres les plus fertiles, que le salaire et
les profits, pris ensemble, conserveront la même valeur*, il est clair
que l’excédant du prix par delà les frais de production, ou, en d’au
tres termes, la rente, doit monter par suite de la diminution de
fertilité de la terre, à moins qu’une grande réduction de capital, de
population et de demande ne s’y oppose.
' Il ne paraît donc pas que la proposition de M. Malthus soit exacte;
la rente ne monte ni ne baisse d’une manière immédiate et néces
saire à^proportion de l’augmentation ou de la diminution de la fer
tilité de la terre ; mais l’augmentation de sa fertilité la rend suscep
tible de payer à la longue une rente plus forte. Des terres très-peu
fertiles ne peuvent jamais fournir un rente ; des terres médiocre
ment fertiles peuvent supporter de payer une rente modique lorsque
la population s’accroît; et, dans ce même cas, les terres très-fertiles
peuvent payer une grosse rente, mais ce n’est pas la même chose
de pouvoir supporter une» forte rente, et de la supporter elTective-
* Voyez le chapitre des Profits, où j’ai essayé de démontrer que, quelque
facilité ou difficulté qu’on puisse rencontrer dans la production du blé, les sa
laires et les profits conservent la même valeur. Quand les salaires haussent, c’est
toujours aux dépens des profits, et quand ils baissent les profits s’en augmentent.
• (Note de l’Auteur.J