Full text : Oeuvres complètes

cu.  XXXIl.  —  DE  L’OPIMON  DE  M.  MALTUUS  SUK  LA  DENTE.  379
íois  acquis,  la  rente  s’élèvera  dans  le  rapport  de  l’abondance  et  non
de  la  rareté  de  ces  denrées.
11  n  y  a  nul  besoin  de  produire  constamment  une  denrée  dans  une
quantité  plus  grande  que  la  demande  ne  l’exige.  Si,  par  hasard,  la
production  excédait  la  demande,  cette  denrée  tomberait  au-dessous  de
son  prix  naturel,  et  par  conséquent  elle  ne  rapporterait  pas  ses  frais
de  production,  en  y  joignant  les  profits  courants  et  ordinaires  du  capital; ­
  l’approvisionnement  en  serait  diminué  jusqu’à  ce  qu’il  se
trouvât  en  rapport  avec  la  demande,  et  que  le  prix  courant  atteignît
le  niveau  du  prix  naturel.
M.  Malthus  me  ])araît  trop  disposé  à  croire  que  la  population
n’augmente  que  par  l’effet  d’un  surcroît  dans  la  quantité  des  subsistances; ­
  «  que  les  subsistances  se  créent  d’elles-mêmes  une  demande  ;  «  que
c’est  en  fournissant  d’abord  des  aliments  au  peuple  qu’on  encourage
les  mariages,  au  lieu  de  remarquer  que  le  progrès  général  de  la  population ­
  est  affecté  par  l’accroissement  des  capitaux,  et  par  la  plus
forte  demande  de  bras,  et  la  hausse  des  salaires  qui  en  sont  la  suite,
enfin  que  la  production  des  subsistances  n’est  que  l’effet  de  cette  demande. ­

C  est  en  donnant  à  l’ouvrier  plus  d’argent,  ou  une  plus  grande
quantité  de  toute  autre  marchandise,  moyennant  laquelle  on  paie  son
travail,  que  le  sort  de  l’ouvrier  devient  meilleur.  L’accroissement  de
la  population  et  l’augmentation  des  subsistances  seront  presque  toujours ­
  un  effet,  mais  non  un  effet  nécessaire  de  la  hausse  des  salaires.
Le  sort  de  l’ouvrier,  amélioré  par  l’excédant  de  valeur  qu’il  reçoit
en  paiement  de  son  travail,  ne  lui  impose  pas  l’obligation  de  se
marier  et  de  se  charger  du  soin  d’une  famille  ;  il  peut,  si  cela  lui  plaît,
échanger  son  salaire  augmenté  contre  des  objets  qui  puissent  contribuer ­
  à  augmenter  ses  jouissances,  comme  des  chaises,  des  tables,  de
la  quincaillerie,  ou  de  meilleures  hardes,  du  sucre  et  du  tabac.  Dans
ce  cas  1  augmentation  de  son  salaire  n’aura  d’autre  effet  que  d’augmenter ­
  la  demande  de  quelques-unes  de  cos  marchandises:  et  comme
le  nombre  des  ouvriers  ne  se  sera  pas  beaucoup  augmenté,  leurs  salaires ­
  se  conserveront  toujours  élevés.  Mais  quoique  telle  pût  être  la
suite  de  l’augmentation  des  salaires,  cependant  il  est  tant  de  douceurs
«ans  la  famille,  qu’on  voit  constamment  dans  le  fait  l’accroissement
ue  population  suivre  l’amélioration  du  sort  de  l’ouvrier  ;  et  c’est  uniquement ­
  parce  que  cela  est  ainsi  qu’il  survient  une  nouvelle  et  jilus
forte  demande  de  subsistances.  Cette  demande  est  donc  l’effet  de
1  augmentation  de  population,  mais  elle  n’en  est  pas  la  cause;  c’est
            
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