Full text: Oeuvres complètes

IXXVlll 
NOTICE SUR LA VIE ET LES KCRIib 
d’aucun prophète une conception si généreuse que celle qui met le sceptre 
de ce monde entre les mains du producteur. Le travail est pour lui la 
sève féconde qui pénètre tous les produits pour leur donner de la valeur ; 
et c’est même pour s’être élevé trop haut dans son système et pour avoir 
eu, en quelque sorte, le fanatisme de sa pensée qu’il a méconnu l’autre 
loi régulatrice des échanges, la loi de l’utilité, constatée par le rapport de 
l’offre à la demande, il n’a pas vu que pour l’humanité prise en masse, et 
pour les échanges de tout un siècle, ramenés par une soi te de perspective 
rationnelle sous les yeux de l’écrivain, le travail est bien la mesure suprê 
me des valeurs; mais que pour les individus, pris isolément, dans des loca 
lités distinctes, la rémunération de l’œuvre s’accroît ou s’affaiblit en raison 
de l’utilité que cette œuvre possède pour la société. Il en est des idées et 
des théories comme des rayons lumineux qui se réfractent dans notre at 
mosphère : leur pure substance s’altère au contact des faits, et il faut fran 
chir la région du positif pour en reconnaître la majestueuse vérité. Ricardo 
n’a pas tenu compte de ce compromis que le fait impose à l’idée. 11 voit 
plutôt ce qui doit être que ce qui est, et il s’égare ainsi à la poursuite d’un 
absolu déjà rêvé par les économistes. 
C’est ainsi qu’il s’est vu conduit à cette théor.e célèbre de la rente des 
terres que MM. Rossi, Mac Culloch, Malthus ont couverte de l’autorité 
de leur talent, mais que nous croyons avoir été jugée plus sainement par 
MM. Say, Sismondi, et par M. Blanqui, dans la lumineuse exposition 
dont il a enrichi son histoire de l’Économie politique, — brillant et 
docte panorama de toutes les révolutions, de tous les progrès de la 
science. L’inflexible précision avec laquelle Ricardo a exposé scs idées 
sur l’origine et les progrès de la rente ne pouvait même manquer de 
provoquer un enthousiasme exalté, ou des réfutations ardentes. Cette 
partie de son œuvre a quelque chose de magistral, d’impératif, qui devait 
attirer ou repousser vivement, et on comprend parfaitement que M’Cul- 
loch, dans un accès de fanatisme pour la personne et pour les écrits de 
l’auteur, ait déclaré que la théorie de la rente est, après l’ouvrage de Smith, 
le plus important et le plus orUjinal que l'on ait publié sur l’Économie po 
litique^ tandis (;ue, pour beaucoup d’autres écrivains éminents, l’Essai de 
Malthus, par la grandeur de l’hypothèse fondamentale, et le Traité de J.-B. 
Say, par sa majestueuse ordonnance et l’enchaînement harmonique de ses 
conclusions, méritent mieux cet éloge et ce rang. Nous sommes de ceux 
qui combattent Ricardo, et nous lui refusons, avec d’autant moins de re 
grets la couronne dont on l’a gratifié, que sa part de gloire nous paraît déjà 
assez belle. Ce qui vient de lui est précisément ce que nous estimons le 
plus, et en réfutant, ou cherchant à réfuter sa Notion de la rente, nous n’at 
taquons que le propagateur de principes découverts et formulés avant lui. 
On sait assez, en effet, que la doctrine qui donne pour origine à la rente 
l’infériorité graduelle des terres successivement mises en culture, avait été 
entrevue et ébauchée par J. Anderson dans un écrit fort rare aujourd’hui.
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.