Full text : Oeuvres complètes

CH.  XXXH.  —  DE  L’OPINION  DE  M.  MALTUUS  SLR  LA  REME.  31)1
Mais  supposons  que,  sur  ces  dix  millions  de  revenu  net,  les  propriétaires ­
  reçoivent  cinq  millions  à  titre  de  rente,  et  que  par  la  facilité
de  la  production,  ou  par  l’importation  du  blé,  le  prix  naturel  de  cet
article  descendit  d’un  million,  la  rente  baisserait  immédiatement
d’un  million,  et  les  prix  de  l’ensemble  des  marchandises  subiraient
une  dépression  pareille  ;  mais  le  revenu  net  resterait  invariable.  Iæ
revenu  brut  serait,  il  est  vrai,  de  II)  millions  seulement,  et  les  frais
nécessaires  pour  l’obtenir  de  9  millions,  mais  le  revenu  net  se  maintiendrait ­
  à  10  millions.  Maintenant  supposons  qu’on  prélève  deux
millions  comme  taxes  sur  ce  revenu  brut  amoindri,  la  société  en
serait-elle  plus  riche  ou  ])lus  pauvre?  Plus  riche,  dirons-nous  sans
hésiter  ;  car  après  le  paiement  de  leurs  taxes,  elle  aurait  comme
toujours  un  revenu  libre  de  8  millions  à  dépenser  en  marchandises, ­
  dont  la  quantité  se  sera  accrue  et  dont  la  valeur  aura  Iléchi  dans
la  proportion  de  20  à  19.  Et  on  pourrait  non-seulement  conserver
alors  la  même  taxe,  mais  encore  l’aggraver  tout  en  voyant  s’accroître ­
  le  bien-être  de  la  classe  ouvrière.
Si  le  revenu  net  de  la  société,  après  qu’on  aura  payé  les  mêmes
taxes  en  argent,  est  aussi  grand  qu’auparavant,  et  si  la  classa;  des  propriétaires ­
  perd  un  million  par  l’abaissement  de  la  rente,  les  autres
classes  productives,  en  dépit  de  la  chute  des  prix,  devront  avoir  des
revenus  en  argent  plus  considérables.  Le  capitaliste  jouira  alors  d’un
double  bénéfice  :  le  blé  et  la  viande  de  boucherie  (jue  lui  et  sa  famille ­
  consomment  baissera  de  prix,  et  d’un  autre  côté,  il  pourra  diminuer ­
  le  salaire  de  ses  domestiques,  jardiniers,  ouvriers  de  tout
genre.  Ses  chevaux  et  ses  bestiaux  lui  coûteront  aussi  beaucoup
moins  à  acheter  et  à  nourrir;  et  il  en  sera  de  même  pour  toutes  les
marchandises  où  les  produits  naturels  entrent  comme  partie  principale. ­
  On  le  voit  donc  :  cette  série  d’économies  faites  sur  ses  dépenses,
jointe  à  l’accroissement  de  valeur  de  son  revenu,  doit  lui  proliter  doublement ­
  et  lui  permettre  non-seulement  d’augmenter  la  somme  de
ses  jouissances,  mais  encore  de  supporter,  s’il  le  fallait,  des  taxes
supplémentaires.  Ces  mêmes  observations  s’appliquent  aux  fermiers
et  à  toutes  les  classes  de  commerçants.
«  Mais,  dira-t-on,  le  revenu  du  capitaliste  ne  se  trouve  nullement
accru  et  le  million  enlevé  à  la  rente  du  propriétaire  sera  payé  aux
ouvriers  sous  forme  d’un  excédant  de  salaires.  Soit,  je  1  admets;
mais  cela  même  ne  change  rien  à  mon  argument.  La  situation  de  la
société  SC  sera  améliorée  et  elle  pourra  supporter  avec  bien  plus  de
facilité  les  mêmes  taxes  en  argent.  Seulement,  —  ce  qui  est  infini
            
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