^30 / OEUVRES DIVERSES.
J’avoue que si la banque versait sur le marché un large supplément
de billets offert à titre de prêt, elle pourrait influer momentanément
sur le taux de 1 intérêt. Les mêmes effets suivraient la découverte
d’un trésor enfoui de pièces d’or et d’argent. Si cette masse addi
tionnelle était considérable, il serait impossible à la banque ou au
propriétaire du trésor de prêter les billets ou l’argent à 4 ou peut-
être même au-dessus de 3 p. O/p. Gela fait, toutefois, ni les billets,
ni l’argent ne resteraient inactifs entre les mains des emprunteurs.
Expédiés sur tous les marchés, ils hausseraient le prix des mar
chandises jusqu’au moment où ils se trouveraient absorbés par la
circulation d’ensemble. C’est seulement pendant la période de l’émis
sion des billets de la banque et de leur réaction sur les prix qu’on
peut avoir le sentiment d’une surabondance de monnaie. L’intérêt,
pendant toute cette période, tomberait au-dessous de son niveau nor
mal. —Mais aussitôt que le supplément de bUlets ou de monnaie
aurait été absorbé dans la circulation générale, létaux de l’intérêt
reprendrait son niveau, et ou solliciterait des prêts avec autant d’ar
deur qu’avant les émissions additionnelles.
La circulation ne peut jamais être comblée. Si elle consiste en or
et en argent, la plus légère multiplication de ses unités se répandra
sur le monde entier ; si elle se compose de papier, cette augmentation
se répartira seulement dans le pays où ont lieu les émissions. Les
prix ne recevront ainsi qu’une atteinte locale et nominale, carie
le change établirait une compensation en faveur des acheteurs étran
gers. Ce serait attribuer aux instruments de la circulation une
puissance à laquelle ils ne sauraient prétendre, que de supposer
qu’une mine d’or ou d’argent très-féconde, et une surémission de
billets de banque auraient pour effet d’abaisser constamment le taux
de 1 intérêt, et de satisfaire tellement aux demandes des emprun
teurs, que personne ne solliciterait de nouveaux prêts. Certes, les
banques deviendraient ainsi de bien puissants moteurs. En créant
du papier-monnaie pour le prêter à 2 ou 3 p. O/q au-dessous
du taux actuel de l’intérêt sur le marché, elles réduiraient dans le
même rapport les bénéfices du commerce. Ces bénéfices diminue
raient encore si elles poussaient le patriotisme jusqu’à prêter leurs
billets à un intérêt rigoureusement nécessaire pour payer les dé
penses de leur établissement. Il serait dès lors impossible à toute
nation qui n’adopterait pas des moyens analogues d’entrer en con
currence avec nous : nous embrasserions le commerce du monde.
On voit vers quelles absurdités nous mènerait une telle théorie. W