Full text : Oeuvres complètes

LE  HAUT  PRIX  DES  LINGOTS.  -  APPENDICE.  4«
Il  est  impossible  de  se  tromper  plus  lourdement  qu’en  supposant
qu’une  nation  puisse  exister  sans  éprouver  le  besoin  de  certaines  con-  /
sommations.  Elle  pourra  manquer  de  débouchés  pour  l’excédant
d’une  ou  plusieurs  de  ses  marchandises  ;  elle  pourra  avoir  plus  de
café,  de  sucre,  de  suif,  qu’elle  n’en  peut  consommer  ou  écouler,  mais
jamais  un  pays  n’a  été  inondé  par  un  encombrement  général  de  toutes ­
  les  marchandises.  C’est  un  fait  évidemment  impossible.  Si  un
pays  est  comblé  de  toutes  les  choses  nécessaires  à  l’existence  et  au  bienêtre
  de  l’homme,  et  que  ces  choses  se  répartissent  d’après  les  proportions ­
  habituelles  de  la  consommation,  on  peut  être  sûr,  quelque  abondantes ­
  qu’elles  soient,  de  leur  trouver  un  débouché.  Il  en  résulte
que  lorsqu’un  pays  possède  une  marchandise  qui  n’éveille  aucune
demande  à  l’intérieur,  il  désire  nécessairement  l’échanger  contre
d’autres  marchandises  dans  la  limite  de  la  consommation  possible.
Aucune  nation  ne  cultive  du  blé  ou  toute  autre  production  dans  le
but  de  les  transformer  définitivement  en  monnaie  ,  comme  le  supposent ­
  immédiatement  ou  médiatement  les  rédacteurs  de  la  Revue  ;
tîar  ce  serait  appliquer  les  efforts  de  l’homme  à  la  plus  stérile  de  toutes ­
  les  œuvres,  La  monnaie  est  précisément  un  objet  qui  n’ajoute
à  la  richesse  d’une  nation  qu’au  moment  où  on  l’échange.  C’est
pourquoi  je  trouve  que  la  multiplication  des  signes  monétaires  n’est
pas  plus  le  mobile  du  travail  de  la  nation  que  du  travail  individuel.
Et  la  seule  circonstance  qui  donne  un  écoulement  forcé  à  la  monnaie, ­
  c’est  la  valeur  comparativement  moindre  qu  elle  a  dans  les  pays
avec  lesquels  on  commerce.
On  conçoit  qu’une  nation  dont  la  circulation  monétaire  est  confiée
aux  agents  métalliques,  et  qui  ne  possède  pas  de  mines,  puisse  multiplier ­
  les  produits  de  son  territoire  et  de  son  travail  sans  ajouter  à  sa
richesse.  En  effet  il  se  peut  que  les  pays  où  s’exploitent  les  mines  obtiennent ­
  une  telle  quantité  de  métaux  précieux,  qu’ils  imf>osent  aux
pays  industrieux  un  surcroît  de  numéraire  équivalant  à  l’accroissement ­
  total  de  ses  productions.  Mais  il  arrivera  que  la  circulation
supplémentaire,  jointe  à  celle  qui  servait  auparavant,  n’aura  pas
une  valeur  réelle  supérieure  au  montant  primitif  des  unités  monétaires. ­
  La  nation  industrieuse  deviendra  ainsi  tributaire  de  celles
qui  possèdent  les  mines,  et  fera  un  commerce  où  elle  n’aura  que  des
pertes  à  attendre.
Je  suis  prêt  à  accorder  que  le  change  avec  les  autres  pays  est  dans  \
uU^tat  continuel  d’oscillation.  Mais  il  ne  varie  pas  généralement
jusqüH  ces  limite»  auxqTTelIesil  devient  plus  avantageux  de  faire  des
            
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