Full text : Oeuvres complètes

(ElIVRES  DIVERSES.

de  prix,  soit  l’effet  des  impositions,  soit  la  vente  croissante  des  marchandises, ­
  soit  enfin  tout  autre  phénomène  qui  paraîtra  satisfaire  l’humeur ­
  inquiète  de  ceux  qui  se  plaisent  dans  de  telles  recherches.
La  théorie  que  M.  ßosanquet  a  émise,  relativement  aux  taxes  et
aux  effets  qu’elles  produisent  sur  le  montant  des  agents  de  circulation, ­
  est  excessivement  curieuse.  Elle  témoigne  de  cette  vérité  que
les  esprits  les  plus  pratiques  s’écartent  quelquefois  du  chemin  de
l’expérience  et  de  la  réalité  pour  s’abandonner  aux  spéculations  les
plus  étranges,  aux  rêves  les  plus  chimériques.
M.  ßosanquet  observe  que  l’accroissement  survenu  dans  les  prix
du  Hoyaume-Uni,  depuis  la  promulgation  du  restriction-bill,  dérive
de  deux  causes  :  1°  des  perturbations  qu’a  éprouvées  le  commerce
du  blé  et  de  la  disette  qui  s’en  est  suivie  pendant  les  années  18ü0  et
1801  ;  2“  de  l’augmentation  des  taxes  depuis  le  commencement  de
la  guerre,  en  1793.
J’admets  sans  réserve  que  la  rareté  du  blé  et  les  frais  qui  ont  suivi
son  importation  ont  dù  produire  une  hausse  dans  le  prix  des  marchandises. ­
  Mais  peut  on  établir  à  titre  de  proposition  évidente  par  elle-même, ­
  et  comme  le  veut  M.  ßosanquet,  à  titre  d’axiome  en  économie ­
  politique,  que  l’effet  d’une  taxe  soit  d’élever  le  prix  des
marchandises  d’une  somme  égale  au  montant  des  impôts  prélevés?
fiésulte-t-il  de  ce  que  les  taxes,  depuis  1793,  se  sont  élevées  au  monstrueux ­
  total  de  48  millions,  que  cette  somme  entière  a  dù  s’ajouter
aux  prix  des  marchandises,  et  suffit  à  rendre  compte  du  renchérisse
ment  de  50  p.  0/0  sur  les  prix  de  1793?  En  résulte-t-il  enfin  que  le
rentier  sera  seul  exclus  du  privilège  de  s’indemniser  des  taxes  qu’il
paie  ?
ÎÆs  conséquences  seront-elles  indifféremment  les  mêmes,  si  la  taxe
est  assise  sur  des  objets  de  consommation,  ou  si  elle  constitue  un  impôt ­
  sur  le  revenu,  un  impôt  direct  et  vingt  autres  qu’il  serait  facile
d’énumérer?  Tendent-ils  tous  à  élever  le  prix  des  marchandises?  Et
le  rentier  seul,  parmi  les  contribuables,  n’aura-t-il  pas  le  droit  d’alléger ­
  son  fardeau  ?  Si  cette  argumentation  était  fondée,  il  en  faudrait ­
  conclure  que  le  poids  des  impôts  retombe  exclusivement  sur  les
rentiers,  et  que  l’excédant  annuel,  répété  depuis  1793,  et  se  montant
actuellement  à  53  millions,  a  dù  sortir  de  leur  escarcelle.  Leurs
contributions  auraient  à  ce  taux  dépassé  leur  revenu;  car  elles  excédaient ­
  l’intérêt  de  la  dette  nationale.  Je  ne  considère  certes  pas
cette  doctrine  comme  fort  judicieuse,  et  je  doute  que,  si  elle  était
vraie;  elle  pùt  communiquer  aux  porteurs  de  rente  un  fervent  en-
            
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