DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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Au milieu de la place Jellachich, sur laquelle se tient le marché, on voit
la statue de bronze du fameux, ban; il lève son épée comme s’il chargeait
à la tête de ses troupes.
Disons quelques mots de la fortune extraordinaire de cet homme, qui est
resté la personnification vivante de l’idée nationale des Slaves du Sud.
Jellachich naquit en Bosnie, à Buzim, le 16 octobre 1801. Son grand-
oncle, le baron Knesevich de Sainte-Hélène, le fit élever à l’école militaire
du Thérésianum, à Vienne. A dix-sept ans, il entra avec le grade de lieute
nant dans un régiment de uhlans; puis il alla passer quatre ans en Italie, et
revint dans son pays prendre le rude service de la garde des Confins, où il
se distingua surtout dans les fréquentes rencontres qu’eut son régiment avec
les brigands bosniaques. Jellachich s’élancait le premier et ne revenait que
le dernier. Au combat de Pesvid, il fit des prodiges, se défendant seul contre
une douzaine de bandits.
Une autre fois, près de Biliac, la petite troupe qu’il commandait, attaquée
à l’improviste des deux côtés, dans une étroite vallée, vit sa retraite coupée.
Jellachich se mit alors à la tête de ses hommes, et, à coups de pistolet et de
sabre, il réussit à leur frayer un passage et regagna la frontière sain et sauf,
grâce à la vigueur de son poignet et à la vitesse de son cheval.
La bande avec laquelle il avait eu affaire passait pour une des plus
aguerries et des plus redoutables de Bosnie ; elle avait pour chef un ancien
boucher musulman de Bihac, dont 1 histoire est particulièrement empreinte
de la marque sauvage des mœurs de ce pays.
Ln jour d été, un Turc était venu dans la boutique du boucher acheter
de la viande; mécontent du morceau que celui-ci lui donna, il le lui jeta à
la face.
furieux de cet affront, le boucher se précipita sur son coreligionnaire et
lui coupa, avec son couteau, la main qui l’avait offensé.
Plainte fut portée devant le cadi. Gomme* le boucher était riche et le fisc
pauvre, on 1 emprisonna, puis on lui confisqua son argent et sa maison.
Rendu à la liberté, le boucher ruiné acheta un fusil et des munitions, et
s en alla, dans la montagne, joindre les brigands. Il devint chef de bande,
et ne taida pas à étendre le cercle de ses vols, de ses pillages et de ses
meurtres jusque dans les Confins militaires. Son audace ne connaissait pas
de bornes. Une nuit, pendant un violent orage, il conduisit sa bande à
1 assaut d un blockhaus aux portes mêmes de Carlstadt. Une sentinelle donna
heureusement l’éveil, sans quoi la petite garnison eût été tout entière
égorgée. Les échelles par lesquelles montaient les assaillants furent ren
versées dans les fossés, avec les hommes qu elles portaient.