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LA HONGRIE
entre l’Autriche et la Hongrie en 1867. Tandis que les Roumains, les Serbes
et les Slovaques attendent encore leur émancipation politique, les Croates
jouissent d’une autonomie dont ils auraient mauvaise grâce de se plaindre.
Les Hongrois ne les entravent plus en aucune façon dans le développe
ment de leur langue et de leur littérature nationales.
— Si nous étions sous la patte des Allemands, me disait un professeur de
T Université d’A grain, c’est alors que nous pourrions crier à l’oppression
des nationalités!
Les Croates gèrent eux-mêmes, dans leur capitale, tout ce qui concerne
l’instruction publique, la justice, les cultes et les finances locales. Ils n’ont
de commun avec les Hongrois que les affaires commerciales, et tout ce
qui a trait aux voies de communication. Le ban est investi des pouvoirs
d’un chef d’État, responsable devant la Diète d’Agram. Quant aux députés
que celle-ci envoie au parlement de Budapest, ils ont le droit d’y parler
leur idiome. Le pacte de 1867 n’a maintenu entre les deux pays que le lien
historique qui les unit depuis la fin du onzième siècle.
Il ne faut pas quitter la ville haute sans aller voir le Musée des antiquités
et le Muséum d’histoire naturelle. La faune croate est une des plus riches
que je connaisse. Combien j’ai regretté de n’avoir pas eu le temps d’aller
chasser sur les bords de la Save l’ibis noir, l échasse blanche, le cygne noir,
la spatule blanche, la macreuse, la grèbe huppée, le pélican et l’aigrette
blanche !
On trouve également en Slavonie l’ours et l’aigle impérial. Le jeune
archiduc Rodolphe, qui est un chasseur passionné, est venu l’an dernier,
en compagnie du professeur Brehm, avec lequel il prépare une monographie
des aigles, leur donner la chasse dans les Confins.
On sait que l’aigle impérial, plus faible que l’aigle fauve et moins agile
<pie l’aigle doré, niche sur les arbres, dans le voisinage des lieux habités, et
souvent même sur le sol. Sur les bords de la Save, il se nourrit d’oiseaux
aquatiques, qu’il prend en revenant sur eux sans relâche jusqu’à ce qu’ils
n’aient plus la force de plonger. Il s’élance aussi sur le faucon, auquel il
arrache sa proie.
Dans la cité basse, groupée au pied des deux collines sur lesquelles
s’élèvent, d’un côté l’église Saint-Marc, avec son toit bariolé de tuiles de
couleur, et de l’autre la cathédrale, enfermée dans son enceinte crénelée,
flanquée de quatre grosses tours, tout indique une nouvelle ville en forma
tion. Les boutiques prennent des airs de magasin, les rues sont bordées de
trottoirs, les places sont transformées en jardins anglais ou ornées de
quelque monument.