DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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se fit transporter dans la salle de la Diète de Pest; soutenu à la tribune par
deux hommes, il en appela aux sentiments guerriers et si profondément
patriotiques de ses concitoyens. — Point d’illusions, s’écria-t-il, les Magyars
sont entourés d’ennemis; ils sont seuls au monde contre la conspiration des
souverains et des peuples qui les environnent. L’empereur de Russie nous
cerne par les Principautés, et jusqu’en Serbie nous trouvons partout sa
main et son or. Dans le Nord, des bandes armées de Slaves cherchent à
rejoindre les révoltés de la Croatie et se préparent à marcher contre nous;
à Vienne, les courtisans et les politiques calculent le jour où l’on pourra
remettre aux fers les Magyars, les anciens esclaves : race indisciplinée et
rebelle. O mes concitoyens, c’est ainsi que les tyrans ont toujours appelé
les hommes libres! Vous êtes seuls, je vous le répète; voulez-vous com
battre?
— Oui! oui! Nous combattrons jusqu’à la mort pour la liberté et la patrie,
répondirent les députés d’une voix unanime.
Et immédiatement un décret fut voté, autorisant l’émission de 200 mil
lions de papier-monnaie.
Le gouvernement impérial protesta contre cette émission, la déclarant
irrégulière et nulle.
Kossuth répondit en faisant décréter par la Diète la peine de mort contre
quiconque refuserait le papier-monnaie hongrois l .
L’armée de Jellachich, après avoir passé la Drave, arriva au château de
Kesthely, où, en 1809, avait déjà logé l’état-major français. La route va de
là, en longeant la forêt de Bakony et le lac Balaton, jusqu’à Albe-Royale, et
d Albe-Royale à Pest. Jellachich s’arrêta à une journée de la capitale.
L approche de 1 armée croate exaltait les esprits à Pest, remuait toutes
les passions révolutionnaires. On donna à Kossuth des pouvoirs illimités.
Mais tout se fit au nom du roi, sans que le mot de république fût pro
noncé. Kossuth, dans une de ces harangues imagées et brûlantes dont il
a^ait le secret, adjura les députés de venir avec lui, « la pelle à la main,
tiavailler aux fortifications de la ville, déplacer les pavés, élever des barri
cades, tandis que les femmes feraient chauffer au haut des maisons de la
poix et de 1 huile bouillante pour les jeter sur l’ennemi » .
On rappela cinq ou six mille hommes du bas Danube ; les jeunes gens de
Pest, la garde nationale, les députés, se réunirent à ces troupes; des paysans
accoururent, armés de faux, et, poussés par un souffle d’ardent patriotisme,
* Je possédé un de ces billets : c’est un carré de papier rose, sans autre ornement que la
signature de Kossuth.