Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE

ces  femmes  avaient  voulu  suivre  leurs  maris;  il  y  avait  enfin  des  milliers
de  paysans  slaves  venus  se  grouper  sous  les  drapeaux  de  Jellachicli  en  lui
disant  dans  leur  langage  familier  :  «  Petit  père,  nous  voulons  partir  pour
aller  te  chercher  à  Bude  la  couronne  de  saint  Étienne;  et  si  tu  veux,  nous
te  suivrons  jusqu’au  bout  du  monde.  »
Ces  volontaires  étaient  en  haillons  ;  mais  ils  marchaient  en  chantant,  la
flamme  au  cœur,  comme  les  soldats  français  de  93.
En  se  dirigeant  sur  Vienne  révoltée,  voici  les  couplets  qu’ils  improvisaient,
et  qui  montrent  l’idée  fantastique  que  ces  paysans  se  faisaient  de  la  cité
impériale  :
«  L’Empereur  est  assis  au  sommet  de  la  tour  de  Saint-Étienne,  dans  la
ville  d’or,  la  ville  de  Vienne.  Vive  la  ville  d’or!  vive  la  vieille  Vienne!
«  Veut-il  donner  un  ordre  et  faire  marcher  une  armée,  il  frappe  la  coupole ­
  de  son  sceptre,  et  toute  la  ville  retentit.
«  Vive  la  ville  d’or!  vive  la  ville  de  Vienne  !  »
Les  préparatifs  du  siège  avancèrent  rapidement;  l’attaque,  commencée
le  28  octobre,  amena  deux  jours  après  la  capitulation  de  la  place.  Le  lendemain, ­
  les  Hongrois,  sur  lesquels  on  comptait  à  Vienne,  arrivaient  en
toute  hâte  au  secours  de  leurs  alliés.  Leur  approche  fut  le  signal  d’une  nouvelle ­
  lutte.  On  se  battit  des  deux  côtés  à  la  fois.  Mais  la  bravoure  de  l’armée
magyare  ne  résista  pas  à  l’élan  des  Croates  de  Jellachich,  qui  avaient  cette
fois  leur  revanche  à  prendre.  Battus  à  Schwechat,  les  Hongrois  repassèrent
la  Leitha  en  désordre,  et,  le  2  novembre,  le  ban  victorieux  faisait  son
entrée  dans  Vienne  reconquise,  au  milieu  des  ovations.  Pendant  tout  le
temps  de  son  séjour  à  Vienne,  devant  le  palais  qu’il  habitait,  se  tenait  du
matin  au  soir  une  foule  d’hommes  et  de  femmes  qui  F  attendaient  pour  le
saluer  de  leurs  vivat  à  son  passage.
Mais  si  la  capitale  était  pacifiée,  la  Hongrie  était  encore  en  pleine  révolte.
Bien  que  Ferdinand  eût  abdiqué  en  faveur  de  son  neveu  François-Joseph,
les  Magyars  n’avaient  pas  voulu  reconnaître  le  nouvel  empereur.  Le  prince
Windischgraetz  se  préparait  à  entrer  en  Hongrie  avec  cinquante  mille
hommes  et  deux  cents  pièces  de  canon  ;  le  général  Schlick  s’avancait  des
frontières  de  la  Pologne  ;  le  général  comte  Nugent  devait  aller  opérer  au
nord  de  la  Drave,  avec  seize  mille  hommes  ;  les  Serbes  occupaient  le  banat
de  Temeswar;  le  général  Puchner  gardait  la  Transylvanie  avec  huit  mille
hommes;  et  Jellachich  se  mettait  en  mouvement  pour  aller  préserver  de
l’insurrection  les  provinces  méridionales  de  l’empire  *.

1  PiMODAlf,  Souvenirs  des  campagnes  d'Italie  et  de  Hongrie.
            
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