Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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glouton  les  grains  de  blé  répandus  aux  pieds  des  chevaux.  Au  milieu  de  la
cour  s’élevait  un  puits  à  roue  de  bois,  surmonté  d’un  auvent  à  l’ombre
duquel,  assises  sur  un  vieux  bassin  creusé  dans  le  tronc  d’un  chêne,  des
jeunes  paysannes  mangeaient  du  pain  et  du  fromage  de  brebis,  tandis  qu’une
jeune  mère  donnait  le  sein  à  un  enfant  qu  elle  portait  dans  une  pièce  de
toile  nouée  autour  de  ses  épaules.
Un  peu  plus  loin,  annonçant  le  voisinage  de  la  foire,  se  dressaient  à  la
queue  leu  leu  des  baraques  échafaudées  en  une  nuit,  des  voitures  peintes
en  vert  ayant  un  escalier  orné  de  pots  de  fleurs  et  conduisant  dans  l’antre
de  planches  de  quelque  sibylle  tzigane.  On  voyait  aussi  là  une  ménagerie
composée  de  deux  singes,  de  trois  perroquets  et  d’une  baleine  empaillée;
un  tir  au  pistolet;  une  femme  géante,  en  robe  de  mousseline  bleue,  la
tadle  entourée  d’une  ceinture  en  filigrane  d’argent  aux  agrafes  dorées,  la
tète  surmontée  d’un  diadème  de  plumes  de  paon,  les  épaules  couvertes
d’une  palatine  en  peau  de  lapin.  Groupés  devant  un  panorama,  des  paysans
et  des  paysannes  prenaient  un  plaisir  d’enfant  à  regarder  tourner  sur  un
orgue  de  petites  marionnettes  en  papier  mâché,  les  hommes  en  habit  noir,
les  dames  en  crinoline  et  en  gants  blancs,  avec  des  éventails  roses.
Pas  de  parade,  pas  de  boniments  excentriques  émaillés  de  mots  gras,
relevés  de  gros  sel;  pas  d’oripeaux  tragiques,  d’empereurs  romains  drapés
dans  leur  toge  et  culottant  leur  pipe,  de  paillasses  en  maillot  couleur  de  chair
ruisselant  de  paillettes  et  s’escrimant  dans  les  lazzi  et  les  gaudrioles.  Rien
de  notre  blague  latine,  et  du  joyeux  et  tintamarresque  tapage  de  nos  exhibitions ­
  foraines.  Les  Slaves  semblent  s’amuser  à  froid,  eu  dedans.
Le  courant  de  la  foule  nous  entraîna  vers  une  immense  place  qu  encombrait ­
  une  cohue  de  gens  qui  criaient,  juraient,  gesticulaient,  et  d  animaux
qui  beuglaient,  mugissaient  et  grognaient;  c’était  une  de  ces  places  de
foire  comme  Breugel  sut  si  bien  les  peindre.  Les  couleurs  des  costumes
faisaient  autant  de  tapage  que  le  tumulte  des  voix  de  tous  ces  gens  qui
s’escrimaient  dans  des  duels  d  intérêts.  Sur  le  côté  gauche  de  la  place,  on
voyait  des  centaines  de  chevaux  :  juments  pacifiques  avec  leurs  poulains
cabriolants  et  espiègles  comme  de  jeunes  chèvres  ;  étalons  fougueux,  a
1  (cil  étincelant,  hennissant  en  secouant  avec  orgueil  leur  noire  crinièie.
Devant  un  groupe  de  maquignons  juifs  à  barbiche  rousse,  des  paysans,
armés  de  fouets,  faisaient  courir  des  rosses  presque  grises.  La  race  chevaline ­
  croate  a  des  qualités  de  force  et  de  résistance  qui  la  font  rechercher.
Dans  les  vallées  de  la  Mur  et  de  la  Drave,  on  élève  des  chevaux  de  îatc
hongroise,  et  le  commerce  des  poulains  est  considérable.
Le  long  de  la  frontière  turque  et  surtout  dans  les  Confins  militados
            
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