108 LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
Devant les tentes de feuillage régnait une animation de fête, et l’on dan
sait le kolo.
Le kolo est la danse nationale des Slaves, comme la czardas (tchardach)
est la danse nationale des Hongrois.
Le mot « kolo » signifie roue, c’est-à-dire ronde. On exécute cette danse
en rond; au milieu du cercle se tient nn joueur de cornemuse {guidé) ou de
flageolet. Les deux sexes se mêlent librement, en se tenant soit par la main,
soit à l’aide d un mouchoir noué à la taille de la jeune fille. Quelquefois un
des danseurs va poser un coussin devant une des danseuses pour lui
demander un baiser; quand le baiser a été accordé, la jeune fille prend le
coussin et va le placer à son tour devant un des danseurs. Le kolo n’a ni la
fougue ni la gaieté de la czardas; c’est un ensemble de pas divers, et qui ne
serait même qu’un simple mouvement assez monotone d’avance et de recul,
si les danseurs et les danseuses ne l’animaient en chantant des rondes comme
les enfants chez nous. La plupart du temps ces chansons sont improvisées;
il faut voir alors le jeu de physionomie des chanteurs, les regards qu’ils
jettent à leurs danseuses, et les attitudes coquettes et espiègles que savent
prendre celles-ci.
Presque toutes ces chansons populaires arment d une petite pointe
ironique leur couplet final. C’est comme un éclat de rire argentin qui
trouble tout à coup le recueillement de la forêt; c’est la griffe qui sort de
la patte de velours, c’est 1 aiguillon de l abeille.