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LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
— Tu l'as si bien vu sur la route, et quand il est entré à l’église; — tu
dois le voir maintenant aussi bien que nous.
L'aveugle marcha en tâtonnant au milieu des éclats de rire , et saisissant
tout à coup Franjo par la ceinture, il s'écria : « Ah! cette fois, je te tiens! »
Et se penchant à son oreille, il lui dit d’une voix énergique et brève :
« Franjo, paye-moi mon zwanzig... ta femme en a beaucoup... Paye-moi...
tu le peux maintenant. »
Le Gonfinaire riposta par une moquerie.
— Paye-moi, répéta P aveugle d’une voix sombre, ou je te tue!
— Ah ! la bonne plaisanterie !... La bonne...
Franjo n acheva pas sa phrase; le guslar, exaspéré, hors de lui, le saisit
à la gorge de la main gauche, et, prenant de la droite un pistolet qu’il
tenait caché dans sa torba, il le déchargea à bout portant sur le jeune
Í homme, qui tomba roide mort au milieu de la chambre.
Cette scène s’était passée avec la rapidité d’un éclair.
L’oncle de Mirko n’essaya pas de fuir; ce qui, du reste, lui eût été bien
difficile.
(I se laissa conduire sans plainte et sans résistance devant le capitaine de
la compagnie, qui l’envoya, sous bonne escorte, à la prison de l’état-major.
Son procès fut court. Le guslar avouait tout. D’après le code, il y avait
bien des circonstances atténuantes; mais les militaires ne les admettent pas.
Le pauvre aveugle fut pendu.
Le peuple donna alors à son neveu Mirko, qui avait hérité de ses chants
et desa gusla, le surnom d « Objessenowitch » , c’est-à-dire neveu du pendu.