LA HONGRIE
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La petite filie portait aussi des morceaux de lard dans son panier.
— Combien veux-tu de ton lard? fit le Gonfinaire.
— Un zwanzig! répondit le vieillard d’une voix que 1 émotion faisait
trembler.
— C’est beaucoup !... Fais voir ton sac.
L’aveugle le dénoua.
— On ne te donnera jamais ce prix-là au marché, dit le jeune homme,
qui soupesait, tout en parlant, le panier de la fillette.
— Ah! tu crois? balbutia F aveugle, qu’ envahissait subitement un senti
ment de crainte. Mais j’en ai vingt livres; ce n’est pas cher.
— Sans doute, si le lard était beau; mais le tien a été ramassé de tous
côtés. Cependant, si tu n’étais pas trop pressé pour ton argent...
— Je voudrais m’acheter un manteau...
— Si tu veux attendre deux mois... quand on aura distillé les prunes
et que le slivovitza sera vendu, je te donnerai un zwanzig...
— Tu me donneras un zwanzig! s’écria le guslar, dont la figure s illu
mina de joie.
— Oui, je te donnerai un zwanzig.
— C’est marché fait. Prends mon lard.
Le Gonfinaire rentra chez lui, heureux de son acquisition; et l’aveugle,
plus heureux encore, s’en revint à son village.
Novembre arriva, et avec lui les premiers froids. L’oncle de Mirko se fit
conduire chez son débiteur et lui rappela sa promesse.
— Ah! quel malheur! s’écria le jeune homme, la récolte des prunes n’a
rien donné, le slivovitza est si mauvais que personne n’en veut et que nous
sommes obligés de le boire nous-mêmes; patiente jusqu’à l’hiver prochain,
je te payerai sans faute.
— J’aurai bien froid, mais je prendrai patience, répondit l'aveugle,
et il s’en retourna; et tout l’hiver, il grelotta de froid sous ses gue
nilles.
Au bout de douze mois, novembre et la neige revinrent.
Le guslar se présenta chez son débiteur.
— J’avais un peu de blé , lui dit le jeune homme, mais la Save a inondé
mon champ, mon blé est perdu; je t’eu supplie, attends encore jusqu’à l’an
prochain; cette fois, je te payerai sans faute.
— Mon sang n’est plus assez chaud pour inc réchauffer, répondit
l’aveugle; mais puisque la Save a détruit ton champ, je souffrirai et j'at
tendrai.
Ali! qu’il regrettait de n’avoir pas porté son lard à la ville ! Mais ce