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DE L'ADRIATIQUE AU DANUBE.
dimanche soir ils émaillent le bord des routes et des chemins, dans les
poses les plus variées.
— Cette passion des paysans pour F eau-de-vie doit avoir des effets
regrettables au point de vue de la prospérité nationale?
— Ah! monsieur, le paysan croate pourrait être l’homme le plus heureux
de la terre; il serait même plus heureux cpie les paysans de Virgile, — car
le poète nous dit qu’ils ignoraient leur bonheur, — s’il avait plus d initia
tive, s’il était plus industrieux, plus laborieux. Il demande a peine à la terre
le blé dont il a besoin, et dans les années mauvaises il mourrait de faim
sans le voisinage providentiel du château. Avant que la neige ait complète
ment disparu, le paysan vient déjà emprunter des fèves et des pommes de
terre, qu’il paye en journées de travail au printemps. Il y a même des
paysans qui se voient réduits à manger de l’herbe, — certaines herbes,
s’entend, qu’ils connaissent et qui sont très-abondantes en suc nourricier.
Le jour où la Zagorjé, cette Mésopotamie croate, sera cultivée comme elle
le mérite, non-seulement elle deviendra une Californie agricole, mais un
petit paradis terrestre.
— On m’a dit qu’il y avait encore en Croatie et en Slavonie beaucoup de
terrains en friche.
— Dans les Confins militaires, il y a encore 5,031 kilomètres carrés de
terres vierges, et entre la Save et la Drave s’étendent d immenses marais
qu’on pourrait dessécher à peu de frais, en réglant le cours de l’eau. Un
Français, M. Lemaître, a conquis une immense propriété près d’Essek, sur
des marais aussi malsains que stériles. Là où il récolte du blé et du maïs,
on pêchait auparavant des carpes de quinze à vingt livres. Des colons alle
mands, tchèques, polonais, slovaques, ont suivi son exemple, et sont arrivés
a un bien-être voisin de la richesse. C’est ici qu’on aurait dù envoyer les
émigrés alsaciens et lorrains. Ils se seraient trouvés au milieu d’une popu
lation sympathique, et ils auraient fait de ce pays une contrée fertile
comme leur ancienne patrie..Et que de richesses minières dont ils auraient
pu tirer parti !
On trouve de 1 or dans les quartz, entre Nasice et Gradisca. La Drave
charrie des sables aurifères. Les orpailleurs des environs de Drnje en
retirent, presque sans travail, pour plus de 12,000 francs par an. L’argent
se trouve dans presque toutes les malachites. Il y a des gisements de fer, de
cuivre et de plomb, ainsi que des bancs de soufre très-abondants, dans les
combats d Agram et de Yarasdin, ainsi que dans les Confins militaires.
Dans le combat de Krizevac, la marne est entièrement imprégnée de naphte
et de pétrole. On se borne à recueillir l’huile de naphte, que les paysans