Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

J  23

DE  L'ADRIATIQUE  AU  DANUBE.
dimanche  soir  ils  émaillent  le  bord  des  routes  et  des  chemins,  dans  les
poses  les  plus  variées.
—  Cette  passion  des  paysans  pour  F  eau-de-vie  doit  avoir  des  effets
regrettables  au  point  de  vue  de  la  prospérité  nationale?
—  Ah!  monsieur,  le  paysan  croate  pourrait  être  l’homme  le  plus  heureux
de  la  terre;  il  serait  même  plus  heureux  cpie  les  paysans  de  Virgile,  —  car
le  poète  nous  dit  qu’ils  ignoraient  leur  bonheur,  —  s’il  avait  plus  d  initiative, ­
  s’il  était  plus  industrieux,  plus  laborieux.  Il  demande  a  peine  à  la  terre
le  blé  dont  il  a  besoin,  et  dans  les  années  mauvaises  il  mourrait  de  faim
sans  le  voisinage  providentiel  du  château.  Avant  que  la  neige  ait  complètement ­
  disparu,  le  paysan  vient  déjà  emprunter  des  fèves  et  des  pommes  de
terre,  qu’il  paye  en  journées  de  travail  au  printemps.  Il  y  a  même  des
paysans  qui  se  voient  réduits  à  manger  de  l’herbe,  —  certaines  herbes,
s’entend,  qu’ils  connaissent  et  qui  sont  très-abondantes  en  suc  nourricier.
Le  jour  où  la  Zagorjé,  cette  Mésopotamie  croate,  sera  cultivée  comme  elle
le  mérite,  non-seulement  elle  deviendra  une  Californie  agricole,  mais  un
petit  paradis  terrestre.
—  On  m’a  dit  qu’il  y  avait  encore  en  Croatie  et  en  Slavonie  beaucoup  de
terrains  en  friche.
—  Dans  les  Confins  militaires,  il  y  a  encore  5,031  kilomètres  carrés  de
terres  vierges,  et  entre  la  Save  et  la  Drave  s’étendent  d  immenses  marais
qu’on  pourrait  dessécher  à  peu  de  frais,  en  réglant  le  cours  de  l’eau.  Un
Français,  M.  Lemaître,  a  conquis  une  immense  propriété  près  d’Essek,  sur
des  marais  aussi  malsains  que  stériles.  Là  où  il  récolte  du  blé  et  du  maïs,
on  pêchait  auparavant  des  carpes  de  quinze  à  vingt  livres.  Des  colons  allemands, ­
  tchèques,  polonais,  slovaques,  ont  suivi  son  exemple,  et  sont  arrivés
a  un  bien-être  voisin  de  la  richesse.  C’est  ici  qu’on  aurait  dù  envoyer  les
émigrés  alsaciens  et  lorrains.  Ils  se  seraient  trouvés  au  milieu  d’une  population ­
  sympathique,  et  ils  auraient  fait  de  ce  pays  une  contrée  fertile
comme  leur  ancienne  patrie..Et  que  de  richesses  minières  dont  ils  auraient
pu  tirer  parti  !
On  trouve  de  1  or  dans  les  quartz,  entre  Nasice  et  Gradisca.  La  Drave
charrie  des  sables  aurifères.  Les  orpailleurs  des  environs  de  Drnje  en
retirent,  presque  sans  travail,  pour  plus  de  12,000  francs  par  an.  L’argent
se  trouve  dans  presque  toutes  les  malachites.  Il  y  a  des  gisements  de  fer,  de
cuivre  et  de  plomb,  ainsi  que  des  bancs  de  soufre  très-abondants,  dans  les
combats  d  Agram  et  de  Yarasdin,  ainsi  que  dans  les  Confins  militaires.
Dans  le  combat  de  Krizevac,  la  marne  est  entièrement  imprégnée  de  naphte
et  de  pétrole.  On  se  borne  à  recueillir  l’huile  de  naphte,  que  les  paysans
            
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