Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

125

Le  jeu  a  été  de  tout  temps  la  passion  dominante  de  la  noblesse  croate.
On  m  a  cité  à  ce  sujet  un  mot  carastéristique.
M.  le  comte  de  B...,  ayant  un  nouveau  voisin  de  campagne,  alla  lui  faire
visite.  La  première  question  qu’il  lui  adressa  fut  celle-ci  :
Voulez-vous  jouer  votre  château  contre  le  mien?
Le  fils  de  la  riche  famille  des  Andamovitch,  à  laquelle  appartenaient
presque  toutes  les  terres  voisines  d’Essek,  risquait  souvent  à  Vienne  ou  à
Pest,  sur  un  seul  coup  de  bouillotte  ou  d’écarté,  des  centaines  d  hectares
de  champs  ou  de  forêts.  Il  est  vrai  qu’en  Croatie  et  en  Hongrie  les  terres
seigneuriales  ont  gardé  des  proportions  qui  rappellent  le  partage  des  terres
au  moyen  âge.  On  compte  beaucoup  de  domaines  qui  ont  une  étendue  de
40,000  et  50,000  hectares.  Il  n’y  a  guère  de  paysans  qui  possèdent  moins
de  20  à  25  hectares.  Le  morcellement  ne  peut  descendre  au-dessous  de
2  hectares,  superficie  jugée  nécessaire  par  la  législature  pour  1  entretien
d’une  famille.
Mais  aujourd’hui  la  noblesse  croate  ne  met  plus  ses  châteaux  comme
enjeu.  Les  usuriers  juifs  ont  su  les  leur  gagner  sans  biseauter  les  cartes.
Le  réveil  dans  notre  grande  chambre  aux  boiseries  sculptées  fut  charmant. ­
  Nous  avions  demandé  qu’on  laissât  nos  persiennes  ouvertes,  de  telle
sorte  que  nous  nous  éveillâmes  dans  un  bain  de  soleil.
Nous  courûmes  chacun  de  notre  côté,  en  costume  croate,  c’est-à-dire
réduit  à  sa  plus  simple  expression,  ouvrir  une  croisée;  des  bouffées  d’air
matinal  vinrent  nous  caresser  le  visage  et  nous  montèrent  au  cerveau  comme
une  ivresse  délicieuse.
Dans  la  cour,  les  canards  s  embarquaient  hardiment  sur  le  bassin  d’un
jet  d’eau,  ailes  au  vent,  en  poussant  des  couacs  d  allégresse  ;  le  paon
n  avait  pas  quitté  sa  place  sur  le  mur  entre  les  deux  colonnes,  et  il  annonçait ­
  le  jour,  lui  aussi,  en  ouvrant  son  brillant  soleil  de  plumes  ;  les  pigeons
neigeaient  sur  le  toit,  les  hirondelles  se  déroulaient  dans  l’azur  comme  une
longue  dentelle  noire;  cachée  sous  le  panache  blanc  d’une  aubépine,  une
fauvette  se  grisait  de  son  chant;  sur  les  arbres,  toutes  sortes  d  oiseaux
gazouillaient  et  se  réjouissaient,  et  dans  les  herbes,  les  grillons,  armés  de
leur  crécelle,  réveillaient  les  petits  insectes  encore  incrustés  comme  des
pierreries  dans  la  corolle  des  fleurs.  La  campagne  était  pleine  des  rumeurs
d  un  gai  réveil  et  d’élans  de  jeunes  tendresses.
Nous  nous  habillâmes  à  la  hâte,  et  nous  descendîmes  pour  faire  le  tour  du
chateau.  Le  site  qui  1  entoure  me  frappa  d  admiration.  C’était  1  Oberland
sans  les  lignes  sévères  de  son  paysage  :  quelque  chose  de  doux,  d  une  inli-
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.