Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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ruant,  comme  si  une  bande  de  loups  eut  fait  invasion  dans  la  zadrouga.  Les
canards,  qui  avaient  montré  jusqu’alors  une  bravoure  antique,  sentirent
tout  à  coup  leur  cœur  faiblir,  et  se  jetèrent,  en  proie  à  une  panique  des  plus
amusantes,  dans  une  mare  boueuse  entretenue  par  l’eau  du  puits.
Le  clan  Borovèz  se  compose  de  dix  maisons,  rangées  en  demi-cercle
comme  de  grandes  ruches,  et  renfermant  chacune  trois  familles  dont  le  travail ­
  se  fait  en  commun,  bien  que  les  ménages  soient  distincts,  contrairement ­
  à  ce  qui  se  voit  dans  les  Confins  militaires,  où  chaque  jour  quarante  à
cinquante  personnes  se  groupent  autour  de  la  même  table.  C’est  la  famille
patriarcale  dans  toute  sa  simplicité  et  sa  grandeur,  obéissant  ordinairement
à  une  «  sagesse  »  ,  à  un  vieillard  aux  cheveux  blancs,  a  un  patriarche.
Dans  les  pays  slaves,  la  vieillesse  est  encore  respectée  comme  à  Lacédémone. ­
  «  La  jeunesse  est  la  force,  dit  un  proverbe  slave;  l’âge  est  la  tête.  »
—  «  Le  diable,  disent-ils  encore,  en  sait  beaucoup  parce  qu’il  est  vieux.  »
On  ne  tutoie  jamais  les  vieillards  ;  on  s’interdit  devant  eux  les  facéties  et
les  jeux.  Ils  sont  assis  aux  repas,  tandis  que  les  jeunes  gens  qui  se  trouvent
en  leur  présence  se  tiennent  debout.  On  leur  baise  la  main  avec  vénération ­
  1 .  Chez  les  paysans  russes,  le  père  de  famille  est  aussi  souverain  dans  sa
maison  que  le  Tzar  l’est  dans  son  empire.  L’âge  n’affranchit  pas  les  enfants
de  l’autorité  paternelle,  à  laquelle  ils  restent  soumis  jusqu’à  ce  qu’ils  soient
mariés.
Nous  étions  arrivés  près  des  femmes,  qui,  seules,  n  avaient  pas  été  effarouchées ­
  par  notre  présence.  Elles  écossaient  des  pois  et  pelaient  des  pommes
de  terre.
—  Où  est  le  malade  ?  leur  demanda  M.  X  —
Une  d  elles  se  leva  et  nous  conduisit  dans  une  des  dix  maisonnettes
rangées  en  demi-cercle  ef  construites  de  la  même  façon,  en  terre  et  en
paille.
Sur  un  tas  de  bois,  devant  la  porte,  un  gros  chat  noir  lavait  son  museau
rose  et  peignait  ses  longues  moustaches  blanches.
Nous  pénétrâmes  dans  une  étroite  chambre  qu  éclairait  une  lucarne  :  là,  un
homme  geignait,  étendu  sur  le  ventre,  au  milieu  d’une  méchante  paillasse.
M.  X...  1  interrogea.  Il  avait  une  inflammation  d’entrailles,  suite  de  trop
copieuses  libations  de  "raid.  —  À  terre,  au  pied  du  lit,  dans  une  auge  de
bois  qui  lui  servait  de  berceau,  et  tout  autour  de  laquelle  des  poules  et  des
canards  se  tenaient  couchés,  un  blond  petit  enfant  souriait  comme  un  poupon ­
  Jésus.  Un  bahut,  une  planche  plantée  sur  quatre  piquets  et  servant  de

*  Madame  Doua  d’IsxiuA.
            
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