Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

cocher  fit  signe  à  une  gardeuse  d'oies,  qui  se  tenait  dans  le  voisinage  d’une
citerne,  de  nous  apporter  de  l’eau.  Elle  noua  une  ficelle  autour  du  col  de
sa  cruche,  la  laissa  glisser  au  fond  du  puits,  et,  plaçant  gracieusement
son  vase  rempli  sur  son  épaule,  elle  vint,  comme  Rebecca,  nous  donner  à
boire.
La  route  s’allongeait  si  blanche  et  si  brillante,  qu  elle  ressemblait  à  un
long  ruban  de  satin  déroulé  au  soleil.
Avant  d  entrer  à  Krapina,  nous  rencontrâmes  le  plus  beau  mendiant
que  nous  ayons  jamais  vu.  C’était  une  loque  vivante,  avec  sa  chemise
déchirée,  ses  pantalons  que  des  ficelles  tenaient  ensemble,  ses  chaussures
faites  d’un  morceau  de  cuir  attaché  autour  de  son  pied.  Sa  chevelure
inculte  flottait  au  vent;  d’une  main,  il  tenait  un  large  chapeau  aux  ailes
racornies;  de  l’autre,  il  s’appuyait  sur  un  long  bâton;  et  un  âne  pelé,
galeux,  à  moitié  mort,  traînait  son  lamentable  équipage.
Un  orchestre,  qui  jouait  sous  les  arbres  d’un  parc,  nous  annonça  enfin
que  nous  étions  à  Krapina.
Au  premier  détour  de  la  route,  nous  nous  trouvâmes  en  face  d’un
immense  hôtel  que  nous  prîmes  pour  une  caserne.  On  nous  logea  sous  les
combles,  pour  nous  faire  croire  que  la  maison  était  pleine.
Dans  le  parc  où  nous  descendîmes  bientôt  après,  nous  vîmes  des  curés
croates  et  hongrois,  en  hautes  bottes  qui  leur  servaient  à  la  fois  de  chaussures ­
  et  d’étuis  à  cigares;  c’est  entre  la  tige  de  cuir  et  le  pantalon  qu’ils  portaient ­
  leurs  longs  Virginias,  ces  cigares  favoris  de  h  empereur  François-Joseph.
  Nous  croisâmes  deux  ou  trois  gros  Allemands,  coiffés  de  chapeaux
ornés  de  plumes  et  vêtus  de  vestons  gris  aux  parements  verts  ;  sur  un  banc
se  tenaient  de  vieux  Croates,  à  la  barbe  grise  tressée  et  aux  moustaches
jaunies,  retombant  de  chaque  côté  comme  des  queues  d’oiseau  du  paradis.
Au  fond  des  jolies  allées  de  sapins  qui  serpentent  le  long  d’un  ruisseau
jaseur,  des  jupes  blanches  entrevues  disparaissaient  avec  un  glissement  de
cygnes  dans  les  roseaux.
Sur  la  terrasse  du  restaurant,  M.  Quiquerez  retrouva  deux  chefs  monténégrins ­
  sous  les  ordres  desquels  il  avait  combattu  lorsque,  peintre  du
prince  Nikola,  il  fut  obligé,  le  pinceau  d’une  main  et  le  yatagan  de  l’autre,
de  prendre  part  à  la  guerre  contre  les  Turcs.  C’étaient  deux  hommes
superbes,  d  une  stature  imposante  et  colossale  :  deux  énormes  guerriers,
d’une  taille  de  Goliath,  venus  aux  taux  de  Krapina  pour  se  nettoyer  de
quelques  balles  qu’ils  avaient  dans  le  corps.  Tous  deux  portaient  le  costume
national,  qui  faisait  mieux  encore  ressortir  leur  magnifique  stature.
De  toute  cette  mosaïque  de  peuples  formant  la  Yougo-Slavie,  le  peuple
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.