DE L’ADRIATIQUE AU D ANU RE.
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Mais, de Trieste, il n’est pas nécessaire de remonter jusqu’à Vienne
pour se rendre en Hongrie et sur le Danube. A la station de Praggerliof,
un embranchement de la ligne du Sud conduit directement à Pest, en
huit ou dix heures. De Trieste, on peut également se rendre à Fiume par
terre ou par mer. Fiume est le port maritime de la Hongrie, comme
Trieste est celui de l’Autriche. En bateau à vapeur, le voyage s’effectue
en un jour et une nuit. On double la pointe de 1 Istric, qui se dessine
sous la forme d’une large feuille de vigne sur la surface bleue de F Adria
tique. Les cotes si capricieusement découpées et dentelées de la pres-
qu de abritent une multitude de ports hospitaliers, de golfes azurés et
tranquilles, gaufrés de bois d’oliviers; d’anses gracieuses, dans lesquelles se
mirent des villes pittoresques, toutes blanches sur des collines roses; et,
çà et là, comme des terrasses de fleurs suspendues sur les flots, s’avan
cent des caps ombragés de figuiers et de vignes.
Voici Capo d’Istria avec sa belle promenade plantée d'arbres, sa grande
prison aux murs jaunes, qui ressemble à un grenier à blé, scs ruines
romaines et italiennes, son campanile, sa piazzetta, ses calle enchevêtrées,
bizarres, étroites, tortillées, longs boyaux formant des ruelles lépreuses
et sombres, où le pas résonne sur les dalles en éveillant un éclio mor
tuaire, et où le regard s’arrête, étonné et ébloui, sur les étalages tapa
geurs et bariolés des boutiques, sur les expositions de gros et solides
bijoux, et les pyramides parfumées d’oranges, de melons et de légumes,
de même que dans la Mercería à Venise. Au nord, la mer, avec une
paresse de lac dormant, s’allonge dans F intérieur des terres émaillées de
villas et revêtues de feuillages et de cultures comme les plus fertiles
coteaux du Piémont et de la Lombardie.
Dix minutes plus loin, on voit grandir sur le piédestal rougeâtre de
son promontoire, Pi rano, dont le campanile soutient dans les nues un
ange fatigué de voler. Les maisons hautes, massives et carrées de la
petite ville, célèbre par la victoire que les Vénitiens y remportèrent sur
la flotte de 1 empereur Frédéric, se pressent étroitement les unes contre
les autres, d un mouvement commun, et soudent leurs murailles réunies,
comme pour présenter à 1 attaque des bastions de pierre rangés en
cercle. Le port est dominé par un ancien château crénelé, planté fière
ment au sommet d une colline hérissée de pins gigantesques qui se déta
chent eux-mêmes sur l’azur limpide comme des donjons de verdure.
C est dans ce château que le fils de 1 empereur Frédéric, après la défaite
de son père, fut retenu prisonnier. Le môle du port Glorioso, où les plus
glands navires peuvent mouiller pendant les gros temps, est encombré