Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE,  DE  L'ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

de  mariniers  coiffés  du  bonnet  vénitien,  la  cravate  en  sautoir  et  la  chemise ­
  de  couleur  en  loques,  assis,  les  bras  ballants  et  les  pantalons  de
toile  retroussés  sur  leurs  jambes  pendantes  dans  le  vide,  au-dessus  de  la
mer.  Un  groupe  de  vieilles  femmes  au  teint  chocolat,  accroupies  sur  le
sable,  raccommodent  des  filets.  Les  moindres  détails  de  la  vie  et  du
paysage  sont  ici  des  tableaux  ;  sous  ce  ciel  italien,  tout  prend  un  caractère
original  et  personnel  qui  ravit  le  poète  et  l’artiste.
Bientôt  on  aperçoit  Umago,  qui  a  conservé  sa  mâle  physionomie  de
ville  de  défense  et  de  guerre,  ayant  à  résister  à  la  fois  aux  hommes  et
aux  Ilots.  Puis  c’est  Cittanova,  bourgade  aux  maisons  couleur  lie  de  vin,
contrastant  avec  le  pâle  feuillage  des  oliviers  qui  l’encadrent  et  la  teinte
vert  foncé  de  P  Adriatique.
Un  cap  qui  ressemble  à  la  proue  d’un  navire  surmontée  d’un  mât,
porte  1  antique  église  de  Parenzo,  bâtie  sur  les  ruines  d’un  temple  romain.
On  voit  encore  dans  la  petite  ville  l’ancien  capitole,  le  forum,  la  curie,
les  comices,  les  temples  de  Mars  et  de  Neptune,  le  théâtre.  Les  croisés,
naviguant  vers  la  Terre  sainte,  faisaient  à  Parenzo  leur  première  escale.
Les  palais  qui  regardent  le  port  sont  de  vrais  bijoux  d’architecture,  construits ­
  en  style  byzantin,  avec  des  fenêtres  découpées  en  ogives,  des  loggic
garnies  de  feuillages  et  de  dentelles  de  pierre,  des  balcons  d’une  élégance
et  d’une  légèreté  aériennes,  des  colonnettes  délicatement  cannelées  ou
tordues,  aux  chapiteaux  d’acanthe,  et  autour  desquelles  s  enroulent  des
fantaisies  de  végétations  tortueuses  et  grimpantes  qui  s  épanouissent  en
rosaces  et  en  fleurons.  Aux  quatre  coins  de  ces  palais  veille  le  lion  de
Saint-Marc  :  on  dirait  d’une  marque  de  fabrique.  En  face  de  Parenzo,  au
milieu  d’une  île  boisée,  à  côté  des  ruines  du  couvent  San  Nicolo,  un
phare  dresse  sa  pyramide  de  granit,  flambant  comme  un  porphyre
d’Égypte  sous  les  rayons  d’or  du  soleil.
A  midi,  le  vapeur  touche  Rovigno,  entouré  de  bois  d’oliviers,  et  dont
les  coteaux  surchauffés  produisent  le  vin  le  plus  capiteux  de  l’Istrie.
Rovigno  est  une  des  villes  les  plus  commerçantes  du  littoral.  Sa  cathédrale, ­
  bâtie  sur  le  modèle  de  Saint-Marc  de  Venise,  s’élève  au  sommet
d’une  colline  et  commande  la  mer.
Après  Fasana,  qui  dort  sous  son  voile  d’oliviers,  les  îles  Brioni  a]»paraissent ­
  soudain  comme  les  sentinelles  avancées  du  golfe  de  Pola.  Las
d’être  bercés  par  la  vague,  des  milliers  de  goélands  recouvrent  comme  une
neige  blanche  les  plus  élevés  de  ces  récifs,  qui  furent  les  carrières  de
marbre  des  Vénitiens.  Sur  les  hauteurs  de  la  côte  taillée  à  angle  droit,
l’œil  distingue  les  premières  fortifications  de  Pola.  Chassée  de  la  Vénétie,
            
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