Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. 
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qui varient dans chaque comitat, donne un grand charme aux sites de la 
Hongrie. On se sent dans un pays qui ne ressemble pas aux autres ; où le 
paysan, ne subissant pas encore h ignominie de nos modes modernes, a eu 
le bon esprit de conserver le vêtement de ses pères, la langue et l’amour de 
sa patrie. Aussi quelle hère et sauvage indépendance respirent toutes ces 
physionomies magyares! 
« Quand ce nom de Hongrie frappe mon oreille, s’écriait Heine, mon 
gilet de flanelle allemand me devient trop étroit; c’est comme si une mer 
s’agitait en moi, et je crois entendre le son des clairons. 
« Dans mon cœur résonnent de nouveau les exploits légendaires oubliés 
depuis si longtemps, le chant bardé de fer des vieux âges, le chant de la 
ruine des Niebelungen. 
« D’est le même labeur héroïque, ce sont les mêmes histoires de héros ; 
les hommes sont les mêmes, seulement les noms ont changé. 
« Leur sort est le même aussi; si fièrement que flottent les joyeux éten 
dards, le héros, selon la vieille coutume, doit succomber sous les forces 
brutales des brutes. 
« Et même, cette fois, le taureau a fait alliance avec l’ours. Vous tombez, 
Magyars; mais consolez-vous, nous ressentons, nous, une honte bien plus 
amère. 
« Du moins, ce sont des animaux tant soit peu propres qui vous ont 
domptés honnêtement, vous ; mais nous, nous passons sous le joug de loups, 
de pourceaux et de chiens vulgaires. 
« Gela hurle, grogne et aboie ; le rouge me monte au front quand je 
pense â ces animaux qui sont nos vainqueurs 1 ! Mais silence, ô poète, ces 
pensées t’excitent; tu es malade, et te taire vaudrait mieux pour ta santé. » 
Domine c’était le dimanche, la gare de Zakany était encombrée de villa 
geois et de villageoises : celles-ci détaillant des paniers de fruits, ceux-là 
fumant leur pipe avec une gravité tout orientale. 
Un train venant de Budapest amena des bataillons de soldats. Je m atta 
blai à coté d un jeune officier qui s’en allait à Brody, sur la Save, rejoindre 
le général Philippovich en qualité d’aide de camp. Nous avions dîné en 
causant, et comme on nous annonça qu’aucun train ne partirait avant trois 
heures : 
— Connaissez-vous Zakany? dis-je à mon voisin. 
— Pas le moins du monde. Je suis originaire de Bohême; j étudiais le 
1 Les Prussiens en 1849.
	        
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